Deux jours après ma sortie à la Berra, me revoilà sur les chemins. J’ai une journée entière pour moi, quel Bonheur ! La neige envahissant doucement les hauts sommets, j’ai cherché pendant un bon moment mon défi du jour, car oui, j’avais envie de me lancer un petit défi. Je me suis finalement décidé pour un endroit qui est comme une évidence pour moi : le Pilatus en passant par le Matthorn que j’avais envie de découvrir depuis que je suis monté la première fois au Pilatus. Avant de partir, j’ai vérifié une dernière fois la webcam du sommet : tout semble faisable, même si une grosse inconnue plane encore : la descente depuis le Matthorn par la face nord, qui semble engagée et en partie enneigée. De plus, je n’ai aucune idée de l’état du terrain côté sud-sud-est. C’est donc avec beaucoup d’inconnues et beaucoup d’options en tête que je pars du parking à Alpnachstad. Pour mettre un maximum de chances de réussite de mon côté, je prends des chaussures de trek, des mini-crampons et mon piolet, un élément de sécurité que j’aime bien avoir avec moi s’il devait y avoir des portions gelées. Le parking à Alpnachstad est déjà plein aux deux tiers. Tout le monde a décidé de profiter de ce qui pourrait bien être une des dernières journées automnales. Pour l’instant, sous la couche de brouillard, tout est terne et gris. Je passe devant la gare du train à crémaillère, où je vois les gens s’entasser. Je suis bien content de m’éloigner de la foule. Je longe la route sur une centaine de mètres, avant de prendre une rue qui part à droite, après un petit ruisseau. Parfait pour se mettre en jambes. Un premier petit bout de sentier me fait passer entre plusieurs habitations. Au bout du quartier, une sente part dans les prés et je commence enfin à monter et à m’éloigner un peu de la civilisation. Je longe une petite route de campagne qui circule entre les champs. Je suis entouré de vertes prairies et surtout j’entre dans la couche de brume. J’aime cette ambiance. J’essaye de garder un bon rythme, car le chemin va être long. Je vois un beau milan planer sur les prés à la recherche d’une proie, pas facile avec cette brume ! Peu après Rosen, le chemin balisé bifurque sur la droite et longe une prairie. Je croise des ânes qui ont l’air d’avoir l’habitude de voir du monde. Je quitte enfin les routes pour prendre un vrai sentier qui grimpe à travers la forêt. Aux alentours de 850m d’altitude, je perce la mer de nuages et les rayons du soleil me réchauffent instantanément. J’ai l’impression de changer de saison. La montée est forte et régulière. J’enlève vite des couches. Pour l’instant les feuillus dominent et les couleurs automnales sont absolument merveilleuses ! Toutes les nuances de jaune, orange et rouge sont là ! Je continue à progresser. Je n’ai pas encore croisé d’autres randonneurs. C’est juste génial de se trouver dans une région ultra touristique et d’avoir choisi le bon itinéraire. Jusqu’ici la montée ne présente aucune difficulté technique. Je dirais même que c’est un bon terrain d’entraînement, car la montée est super régulière. Je traverse un petit ruisseau, le Giessenbach, à gué. Il n’y a pas beaucoup d’eau. J’avoue que mes jambes me disent qu’il faut que je ralentisse un peu le rythme. Je sors de la forêt et me retrouve dans une nouvelle prairie. Au-dessus de moi, se trouve un petit hameau, Unter Chretzen. C’est aussi la première fois où je vois mon but du jour : le Matthorn, qui semble si proche et si loin à la fois ! Je croise un groupe de cyclistes qui ont emprunté la petite route pour monter par ici. La vue est exceptionnelle : mille et un sommets se dressent devant moi, le Sarnersee, légèrement embrumé, entouré d’autres montagnes, se dévoile sur ma droite. C’est magique. Je vois aussi le Titlis qui domine les autres montagnes. Je continue. Au lieu de prendre le chemin carrossable, je passe au milieu des prairies, c’est tellement plus agréable. C’est l’avantage de l’entre-saison : personne dans les alpages. Je passe à Ober Chretzen. Je décide de pousser encore un peu « droit en haut » pour rejoindre le sentier balisé. Là, je décide de prendre une pause bien méritée. Je ne suis pas loin des deux tiers du dénivelé avalé. Je tombe sur un abreuvoir retourné qui me servira de banc. Je me trouve quasiment à 1600m d’altitude. Je prends le temps de me restaurer et surtout de me reposer un peu pour attaquer la suite de l’itinéraire. Je ne peux m’empêcher d’admirer le panorama et surtout le Lac des Quatre-Cantons vraiment fascinant, avec le Bürgenstock qui ressemble à une île. J’ai vraiment la chance d’avoir un point de vue unique depuis l’endroit où je me trouve. Je reprends mon chemin. Pour l’instant c’est presque plat, c’est parfait pour redémarrer. Je fais ma première rencontre avec des restes de neige. Je suis content que cela aille bien fondu, le passage aurait été plus ardu. Je contourne le Hörnli. Ça recommence à grimper. J’arrive à Ober Ruessi. La fatigue me gagne sérieusement et j’ai sacrément ralenti mon rythme, mais je ne lâche rien. Le sommet n’est plus très loin. Je me balade maintenant sur une première terrasse inclinée. La vue s’ouvre de plus en plus. Le sentier continue à grimper. Je ralentis encore, je sens le dénivelé dans mes jambes et je pense surtout que je relâche un peu mon esprit, car je sais que je vais réussir à atteindre mon premier but ! Je traverse les paravalanches. Cela me fait un peu penser à la configuration rencontrée à Zermatt, près du Wisshorn. C’est impressionnant. La crête n’est plus très loin. Je franchis très péniblement les derniers mètres. Je vois enfin de l’autre côté du Matthorn, c’est juste exceptionnel : le Pilatus se dresse devant moi, enfin ! Je longe la crête et vais m’effondrer un moment près de la croix du Matthorn. C’est juste génial. Je ne suis pas loin d’un endroit touristique et pourtant je n’ai pas croisé un seul autre randonneur ces quatre ou cinq dernières heures, le Bonheur ! Il y a un banc en pierre à côté de la croix. J’en profite bien, ainsi que de faire quelques photos de la vue qui est à couper le souffle où que l’on regarde : le Pilatus, la montagne du Dragon d’un côté, le Lac des Quatre-Cantons d’un autre, les Alpes plus loin avec notamment le Titlis qui se découpe nettement. C’est vraiment exceptionnel. Tiens d’autres personnes arrivent. J’aurais eu le sommet un moment pour moi. Je jette un œil sur l’horaire : je devrais même arriver à temps au Pilatus pour avoir l’option de redescendre avec le dernier train. J’aime bien l’idée d’avoir cette possibilité. Je reviens en arrière sur la crête jusqu’au chemin balisé qui plonge au nord vers Chilchsteine. Il y a de la neige, le sentier est en partie enneigé. Je croise la route de trois jeunes américains qui ont aussi décidé de descendre par là. Ils ne sont pas équipés, mais s’y lancent quand-même. Je décide de faire deux pas et me ravise, ce n’est pas prudent et je ne le sens pas du tout, le vide est trop proche à mon goût, une glissade pourrait entraîner de facheuses conséquences. Je prends donc le temps de mettre mes mini-crampons et surtout je sors le piolet. Une fois correctement équipé, la descente est presque une formalité, même si je reste sur le qui-vive et 100% concentré. Je dépasse rapidement les trois jeunes. On parle un peu et on plaisante un peu. Ils sont conscients que ce qu’ils font n’est pas la meilleure des idées, mais veulent attraper le train pour la descente. C’est souvent avec ce genre de rigidité d’esprit qu’on arrive à des situations d’accidents. Il faut savoir renoncer, même si cela implique un long détour ou renoncer à son objectif primaire. Les passages les plus critiques dans la roche sont équipés avec des chaînes ce qui facilite bien la progression. Le sol est bien gelé. Arrivé au col au point 1866, je retrouve le soleil, déjà bas sur l’horizon. Les couleurs sont exceptionnelles. Il ne me reste plus qu’à regrimper jusqu’au Pilatus. Je suis tellement content d’avoir passé la difficulté technique, que je me relâche mentalement. Mon physique suit la même pente et fatigue violemment. J’avance de plus en plus lentement, mais je continue. Je vais arriver avant le départ du dernier train. Dans ma tête je suis prêt à redescendre à pied, mais je suis content d’avoir le choix. Je ne peux m’empêcher de me retourner pour profiter de la vue absolument majestueuse sur le Matthorn. Les couleurs tirent vers le jaune foncé, puis vers le rouge rosé, c’est vraiment beau. Sur la dernière partie, le sentier est bien enneigé. Heureusement les traces sont bien faites. C’est plutôt rigolo pour rejoindre la descente, je dois enjamber une barrière. J’y suis, c’est fait ! Je suis arrivé au Pilatus ! Je suis vraiment super content. Ma priorité est d’acheter à boire afin que je puisse décider sereinement de descendre en train ou à pied. Je profite de l’esplanade un moment. Je me balade de chaque côté. Ce paysage est incroyable ! Je fais l’impasse sur l’Esel, une barrière bloque le passage. Je suis fasciné par les couleurs du soleil couchant. Le dernier départ du train est dans moins de 10 minutes. Le coucher du soleil est dans 15 minutes. J’étais prêt à rester pour redescendre à pied, mais je vois que l’horizon se couvre de nuages. La Nature me pousse à prendre le train pour la descente. Cela ne vaut pas la peine de rester ici en haut, si le soleil part se cacher avant l’heure ! Un peu à contrecœur, je décide de rester raisonnable et me dirige vers le train avec le reste des touristes. Lorsque le train s’ébranle le crépuscule est installé. Le ciel est devenu terne avec les nuages qui se sont installés. J’ai fait le bon choix. C’est parti pour 27 minutes de descente. Plus je me rapproche du terminus, plus je réalise que je suis vraiment fatigué et que la descente à pied aurait été très longue et pénible et plus je suis content du choix qui s’est imposé à moi. Merci à la Nature pour ce cadeau. J’arrive heureux à mon point de départ. Je réalise la beauté et la variété du parcours que j’ai fait. Ce choix d’itinéraire s’est révélé vraiment judicieux, car en très grande partie orienté au sud, parfait pour l’automne et surtout sans personne ! Bien qu’il s’agisse d’une destination touristique, je ne peux que vous conseiller de venir dans la région, c’est tellement beau ! Il y a par ailleurs tellement de variantes possibles que vous pouvez toujours trouver un itinéraire sans trop de personnes. Avec le train d’un côté ou le téléphérique et la télécabine depuis Kriens, il est aussi possible de faire des variantes un peu plus raisonnables en termes de dénivelé. Qu’en avez-vous pensé ? Comme toujours je me réjouis de lire vos commentaires et je suis curieux de connaître l’image qui vous parle le plus. Si une photo en grand format vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter ! Sinon pour la technique : Distance : env 11km Dénivelé : env 1800m en montée et 200m en descente Durée : env 5h50 (selon suissemobile en été) Difficulté : T3. La descente depuis le Matthorn avec la neige demande une attention toute particulière. Il ne faut pas être sensible au vide et avoir le pied sûr. Les passages les plus critiques sont câblés Le lien vers le parcours : https://schweizmobil.ch/fr/tour/1934537102?E=2662317&N=1203452&resolution=1.00&bgLayer=pk&layers=wanderland%2Cslope%2CtrackLayer&detours=yes&shooting=yes&logos=yes&photos=yes&season=summer
Alpnachstad – Matthorn – Pilatus par la crête needs route
Une montée régulière à travers forêts aux couleurs automnales et mer de nuages, puis une crête panoramique jusqu'au Matthorn avec vue sur le Pilatus et le lac des Quatre-Cantons. Le retour au Pilatus se fait par le train à crémaillère, en évitant la descente enneigée et engagée côté nord.