Il y a deux bonnes semaines, nous cherchions une sortie à faire en hauteur avec Blandine. J’ai eu le malheur de regarder les cabanes où il y avait de la place et de lui dire qu’il restait de la place à la cabane de Tracuit… Ni une, ni deux, elle saute sur l’occasion et me voilà embarqué dans l’aventure à l’insu de mon plein gré. Cependant, elle décide que cette année on prendra ce qu’il faut avec nous pour pouvoir éventuellement monter au Bishorn… C’est donc équipés de pied en cap, DVA allumé et surtout chargés comme des mulets (piolet, crampons, baudrier, matériel de sauvetage avalanche, équipement glacier, corde de 30m, de l’eau et surtout mon appareil photo), que nous nous mettons en route. J’ai de la chance qu’une année se soit écoulée depuis ma dernière montée à la cabane. J’ai eu le temps d’oublier l’enfer que j’avais vécu. Le point positif : je suis en meilleure forme. Le point négatif : on est encore plus chargés… (et non je ne fais pas l’impasse sur l’appareil, j’assume mes bêtises, enfin j’essaye). Nous voilà donc partis, sur les pistes de ski de fond des Plats de la Lé. Nous prenons un rythme lent. La neige est bien dure, c’est parfait pour un échauffement en douceur. Je dois dire que je sens déjà bien le poids de mon sac. Pour la première partie, Blandine porte la corde, je m’estime chanceux ! Nous attaquons la montée du Vichiesso. Je note qu’il y a beaucoup plus de neige que l’année passée. Tant mieux. Avec un peu de chance, nous aurons moins de portage. Nous croisons un ou deux groupes qui descendent. Je ne sais pas s’ils viennent du Grand Mountet, d’Arpitettaz ou de Tracuit, mais ils sont bien équipés. Nous nous faisons aussi dépasser par quelques personnes et nous en dépassons d’autres. J’aime bien cette montée, car elle est régulière, variée et beaucoup de types de personnes s’y croisent : le grimpeur qui part sur une cascade de glace, l’alpiniste aguerri, le randonneur à ski, le randonneur en raquette ou encore celui à pied qui va admirer la grotte du glacier de Zinal. Il y a de tout. C’est un joli mélange. Au détour d’un virage, je lève les yeux vers une belle cascade de glace, qui me fait presque penser à une personne perchée sur un arbre. C’est comme avec les nuages, on peut imaginer plein de choses. Une première vue sur le Besso, qui impose sa forte présence, s’offre à moi. J’aime la puissance qui se dégage de cette montagne, c’est très impressionnant. Un peu plus loin, nous arrivons à la croisée des chemins : le pont qui traverse la Navisence et qui, à mes yeux, représente une sorte de séparation entre la civilisation et un autre monde plus aventureux. À partir de ce point, il n’y a presque plus de touristes en hiver (à part peut-être moi-même). Nous sommes maintenant dans une petite forêt, dans un dédale de traces diverses et variées, à suivre notre propre voie. Pas d’hésitation cette année, je sais par où nous devons nous diriger. Je continue en tête, à essayer de trouver le meilleur chemin dans un passage un peu plus raide dans les arbres. Ce qu’il y a de bien, c’est qu’il n’y a pas de glace cette année. Nos skis crochent bien et c’est agréable. Arrivés sur un plat, nous devons traverser le Torrent de l’Arpitetta. Je cherche un peu avant de finir par trouver le meilleur passage. Une nouvelle montée nous attend jusqu’à un chalet au point 2082. Il y a suffisamment de neige, et en anticipant un peu, nous trouvons un passage où nous pouvons garder nos skis aux pieds et c’est tant mieux. Nous arrivons à la frontière des sapins, la végétation est basse, mais bien présente. Nous devons déchausser deux fois sur de courts passages. J’essaye déjà de mémoriser les meilleurs passages pour la descente. La montée est longue et régulière. Le soleil tape de plein fouet. Il fait maintenant très chaud. La neige se transforme doucement. Nous avons déjà fait un peu plus de 6 kilomètres. La fatigue commence à s’installer. Nous faisons une première pause. Je ne vais pas commettre la même erreur que l’année passée : je me force à boire et surtout à manger un petit quelque chose. J’ai oublié de vous parler du panorama grandiose que nous pouvons contempler à chaque fois que l’on tourne la tête ou que l’on fait une petite pause. C’est tellement fascinant ! À chaque pas, la vue se transforme un peu, c’est exceptionnel. Il y a toujours plusieurs traces de montée, ce qui nous permet de simplement choisir celle qui nous inspire le plus ! Après tout, c’est impossible de se perdre tant qu’on suit la bonne direction. C’est l’avantage de l’avoir déjà faite une fois. On connaît l’enfer que c’est, mais on sait aussi par où il faut passer sans devoir regarder la carte toutes les cinq minutes. Un peu plus haut, nous prenons une 2ème pause nécessaire. Je dois dire qu’au moment de repartir, la fatigue est déjà plus présente. Chaque pas est plus difficile que le précédent. Je regarde le dénivelé que nous avons fait : bientôt la moitié, ouf ! Seulement la moitié, ça va être compliqué ! Si mes souvenirs sont bons, c’est à ce moment-là que je reprends la corde. Je n’ai déjà plus l’esprit très clair, happé par le manque d’oxygène que je sens, alors que nous sommes à peine à 2'500 mètres. Lentement, nous avançons. Le col du Roc de la Vache n’est plus très loin. Un dernier effort et nous y voilà ! Cet endroit est assez unique. D’un côté vous avez une vue incroyable sur le glacier de Zinal et cette longue vallée et de l’autre, vous avez cette énorme combe avec la cabane de Tracuit tout au fond, perchée le long de la paroi. Mes souvenirs remontent à la surface, ça va être long, très long… Néanmoins, je suis content. Au même endroit, l’année précédente, j’étais déjà dans un état misérable. Avant d’attaquer la suite de la montée infernale, une petite descente nous attend : certains laissent les peaux, pour notre part, nous préférons perdre 3 minutes et dépeauter, c’est tellement plus agréable et nous sommes d’autant plus convaincus après la mésaventure vécue au sommet des Diablerets. Quel plaisir de faire un peu de descente. La neige est bonne. L’orientation nord y est pour quelque chose. C’est malheureusement bien trop court. Nous voilà dans le fond de la combe en plein cagnard. Nous enlevons des couches et j’enlève même mes gants. La neige est maintenant bien revenue. Il y a plusieurs traces, nous suivons la plus évidente. Mon rythme s’est considérablement ralenti. J’accuse la fatigue. Le souffle devient court. Je n’ai pas spécifiquement mal aux jambes, mais c'est simplement le cardio qui ne suit pas. Nous avançons mètre par mètre. Un couple nous dépasse. Nous les redépassons un peu plus loin. Lui est dans le mal aussi, comme moi. J’ai même l’impression qu’il souffre plus que moi. Il s’arrête tous les 50 mètres, moi pareil. J’essaye néanmoins de doser mon effort et de ralentir encore plus, afin d’essayer de diminuer mes arrêts. J’avance. Blandine est devant et ouvre la voie. Moi j’avance dans mon monde de souffrance. Je n’ai même plus l’envie de prendre des photos. Le sac pèse terriblement sur mes épaules. Impossible de réussir à les soulager. J’essaie de penser à autre chose. Ski après ski, j’avance. Le dénivelé positif restant se réduit. Le temps avance rapidement. Je suis en surchauffe avec le soleil. Je décide de prendre une petite dizaine de minutes de pause. Boire, manger (un peu). La différence avec l’année précédente : la pause me permet de récupérer un peu d’énergie et je sais que je peux et que je vais y arriver. Je passe la barre symbolique des 3000m. C’est un mélange de soulagement et de souffrance. Je sais qu’au niveau du souffle, la suite sera plus difficile encore… Je ralentis encore, mais je ne lâche rien. J’arrive au pied de la dernière grosse pente. Blandine arrive bientôt. C’est génial, je vois que visiblement c’est faisable sans déchausser, tant mieux. L’inclinaison dépasse maintenant les 30 degrés. Je continue les conversions. J’ai de la peine quand je dois faire une conversion sur la gauche à cause de mon genou et de la grande longueur de mes skis. Un virage après l’autre, je progresse. Presque arrivé au bas de la paroi rocheuse, je n’ai plus suffisamment confiance en moi et je décide de suivre les traces de pas dans la neige pour m’éviter les trois dernières conversions. Je rejoins Blandine au pied de la petite cheminée à escalader à l’aide d’une chaîne. Blandine est beaucoup moins rassurée que moi sur ce passage. Je me sens étonnement sûr de moi ici. Je sais qu’on est au bout. Arrivés en haut, il ne reste plus qu’à faire une petite traversée dans un passage bien enneigé. Nous sortons les piolets afin de nous rassurer et d’éviter une chute si près du but ! Nous voilà à destination ! Nous arrivons juste pour la soupe ! J’essaye de boire, j’ai de la peine. Je me force tout ce que je peux, mais je suis au bout du rouleau. Je remarque pendant le repas que je me suis pris un joli coup de soleil sur les mains et les oreilles qui n’étaient pas, ou pas assez protégées. À la fin du repas, j’utilise le peu d’énergie retrouvée pour sortir et faire quelques photos du joli coucher de soleil. Le Bishorn ne fait pas spécialement envie. Il est en glace sur une bonne partie. Visiblement, les crevasses ne sont pas bien bouchées partout. Les retours des personnes l’ayant fait dans la journée sont plutôt négatifs. De plus, avec notre grosse différence de poids, même avec des nœuds d'arrêt, cela ne me semblait pas forcément prudent. Tous ces éléments pris bout à bout nous ont fait préférer le fait de passer une bonne soirée tranquille et de pouvoir dormir plus tard demain matin, plutôt que de prendre un risque inutile. Cela me soulage d’un poids. Je sais que nous avons pris la bonne décision. C’est vrai que le fait de l’avoir déjà fait en été permet de se dire que ce n’est pas nécessaire d’y retourner. Même si chaque mouvement est compliqué, je ressors plusieurs fois pour prendre quelques images jusqu’à la tombée de la nuit, le panorama est toujours aussi prenant et impressionnant. Nous nous hydratons au maximum. Nous profitons encore un moment de l’endroit et des jeux de société avant d’aller rejoindre notre dortoir et Morphée. C'est ici que s'arrête le récit pour cette première partie. La suite pour bientôt. N’hésitez pas à me laisser un commentaire. Êtes-vous déjà venus dans cet endroit unique ? Quel est votre plus beau souvenir de cette sortie ? J’adore vos retours qui souvent m’encouragent à écrire la suite. Et bien sûr, si une toile grand-format d’une de mes photos vous intéresse, n’hésitez pas à prendre contact avec moi. Sinon pour la technique : Distance : env. 11.5 km (montée seulement) Dénivelé : env. 1700m de d+ et 100m de d- Durée : env 8h (selon suissemobile en hiver à raquette) Difficulté : PD+. La plus grande difficulté la longueur de l’itinéraire. En terme technique, il y a un passage en forêt un peu technique entre 1950m et 2000m. Après le col à côté du Roc de la Vache, il y a une (courte) descente (on peut laisser les peaux). Peu avant d’arriver sous la cabane, il est nécessaire de déchausser les skis pour du portage avec un passage d’escalade avec une chaîne. Lien vers le parcours: https://schweizmobil.ch/fr/tour/556995763?layers=slope&E=2616967&N=1106995&resolution=4.81&bgLayer=pk&detours=yes&shooting=yes&logos=yes&photos=yes&season=summer
Montée à la cabane de Tracuit par le Vichiesso et le col du Roc de la Vache needs route
Une longue montée à ski de randonnée depuis les Plats de la Lé jusqu'à la cabane de Tracuit, avec des vues constantes sur le Besso et le glacier de Zinal. Le coucher de soleil depuis la cabane, perchée le long de la paroi, clôt une sortie exigeante mais très belle.