Il y a un an et demi, Jean-Claude m'avait fait découvrir la Grande Arête du Raimeux à côté de Moutier : la plus belle arête du Jura ! Il est temps d’y retourner avec Blandine pour reprendre pied avec le rocher et lui faire découvrir cet endroit incroyable… Est-ce que tout se passera comme prévu ? Nous nous parquons à Moutier, près de l’ancienne cabane du CAS, la cabane des Gorges. Dans notre sac, nous avons chacun mis un casque, un baudrier et de quoi faire un rappel et assurer certains passages au besoin. Je prends également la corde de 30 mètres sur mon sac et nous voilà partis. Le premier kilomètre n’est pas des plus glamours : longer la route cantonale qui passe au travers des Gorges de Moutier. Il n’y a pas de trottoir, il faut donc bien se tenir sur le côté. Bien que l’endroit soit quand même assez impressionnant, avec les falaises encaissées et la Birse qui coule juste à côté, ce petit bout est parfait pour se chauffer les jambes. Bon, nous y voilà. On arrive vers un énorme filet pare-pierre que nous allons contourner pour commencer à grimper. Nous commençons par un petit sentier qui grimpe bien. Le souffle se fait tout de suite court. Puis, un peu plus loin, nous bifurquons sur la gauche vers le début de la dalle de l’arête. C’est un endroit assez fascinant avec une énorme dalle de rocher inclinée. À partir d’ici, il faut au moins avoir un casque sur la tête, c’est un élément indispensable. Nous mettons également notre baudrier. La corde va rester sur le sac pour l’instant. Quatre personnes sont en train de s’entraîner sur les voies. Nous allons faire attention afin de ne pas déloger des pierres. Cette dalle est parsemée d’anciennes traces de dinosaures. Une fois prêts, nous voilà partis dans le vif du sujet. Nous remontons la dalle par une fissure peu visible qui nous fait passer au-dessus des pins. C’est bien incliné et vertigineux dès le départ. J’assure chacun de mes pas. Je suis néanmoins content car, lors de ma dernière venue, j’avais eu un gros coup de stress et, là, tout se passe beaucoup mieux… enfin, pour l’instant… Nous continuons à avancer transversalement pour rejoindre le bord de l’arête à proprement parler. Nous grimpons maintenant dans une espèce de grosse fissure pour rejoindre l’étage suivant. Ça se passe très bien. On y va vraiment pas à pas. Je suis vraiment content parce que, jusqu’ici, je me souviens bien des différents passages. Après quelques mètres sur un chemin presque gravillonné, deuxième difficulté : une petite paroi à grimper. C’est impressionnant, mais il y a d’excellentes prises. Un nouveau replat nous attend. Quelques mètres de plus loin, nous remontons un nouveau couloir rocheux. Ce qui est sympa, c’est que les difficultés ne se ressemblent pas. Nous sommes maintenant sur l’arête à proprement parler. Il est possible de contourner la prochaine difficulté par la droite. Je me sens suffisamment en confiance pour continuer sur le fil de l’arête. Je suis très content, j'arrive à gérer ma peur pour le moment. Ce qu’il y a de bien, c’est qu’il y a toujours de petites variantes : soit suivre le fil de l’arête avec quelques passages de grimpe qui sont tout sauf simples, ou éviter les passages les plus compliqués par la droite. Les différents passages s’enchaînent. Quelques pas d’escalade, un contournement, un peu de marche engagée. Pour l’instant, la corde est toujours sur le sac. Plus loin, nous dépassons un premier groupe du club alpin en train de faire une sortie d’initiation à l’alpinisme. Nous passons devant une belle voie de grimpe en 4b, appelée “L’Examen”. Il faudra qu’on y retourne pour la faire. Aujourd’hui, je préfère me concentrer sur l’itinéraire. Je m’étonne de plutôt bien me souvenir des différents passages plus ou moins exposés. Nous arrivons maintenant à la première “vraie” difficulté : une désescalade assez engagée sur 5 mètres. Heureusement, il y a un relais. Nous décidons de nous simplifier la tâche et d’utiliser enfin la corde pour descendre en rappel. Nous prenons un peu de temps pour vérifier notre manipulation, car nous n’avons pas pratiqué depuis très longtemps, mais à deux on y arrive, et ce malgré le stress engendré par l’arrivée d’un groupe du CAS. Tout se termine bien ! Il est à noter qu’il est normalement possible de contourner ce passage par un petit chemin à gauche dans le flanc nord. Nous sommes donc maintenant à la Selle des Noisettes, un endroit agréable pour pique-niquer. Ce que nous faisons. À partir d’ici, deux choix sont possibles : continuer sur l’arête en passant par la Paroi des Pitons ou contourner la difficulté par la gauche en prenant un chemin qui va longer l’arête pendant un bon moment. Une fois reposés, nous voilà repartis sur l’arête. Très peu de temps après la Selle, nous arrivons à cette fameuse paroi des Pitons, un endroit très aérien. C’est une paroi verticale d’une dizaine de mètres, patinée, exposée et équipée de tiges métalliques pour se hisser. Les prises sont très bonnes. Blandine passe en premier. Elle va m’assurer par le haut. C’est vraiment l’endroit où mon stress est au plus haut. Je sais que tout se passera bien, mais c’est plus fort que moi. Je prends une grande inspiration et me lance à mon tour. Une prise après l’autre. Une fois en haut, je respire à nouveau, ouf ! Les plus grosses difficultés sont maintenant derrière nous. L’arête est toutefois loin d’être terminée. Nous rangeons la corde qui retrouve sa place sur le sac. Nous continuons notre progression. La sente me permet de me détendre un peu, même s’il faut rester très attentif. Le vide n’est pas loin. Une difficulté est à éviter par la gauche par une petite sente à flanc de paroi. Heureusement, il y a de bonnes prises pour les mains, même si je ne suis pas serein. J’avoue que les souvenirs de cette deuxième partie étaient un peu plus flous. Après avoir navigué encore un moment sur l’arête, le chemin bascule dans la forêt sur la gauche. Un chemin très agréable. Nous avançons lentement mais sûrement. Un beau changement d’ambiance. Plus loin, nous retrouvons l’arête pour un nouveau passage un peu aérien et qui navigue parfois par le flanc gauche dans les enchevêtrements de racines et de cailloux. L’arête nous semble interminable. Peu à peu, la végétation se fait plus présente et nous terminons sur un joli sentier qui serpente entre les arbres. Cette sente rejoint le chemin de randonnée balisé. Nous avons rangé notre casque pour mettre une casquette à la place. Un peu plus loin, nous voilà sur une prairie, paysage typique du Jura. C’est vraiment la balade des contrastes. Nous continuons à monter et arrivons à la cabane du Raimeux, gardiennée par des bénévoles tous les week-ends. Nous en profitons pour faire une nouvelle pause et reprendre quelques forces. L’accueil est toujours exceptionnel et avec le sourire ! Nous laissons notre sac ici, car nous avons décidé d’aller faire un aller-retour vers le vrai sommet du Raimeux, à une vingtaine de minutes d’ici. L’ambiance est à des années-lumière de l’atmosphère alpine de l’arête ! Ce changement est juste incroyable. Nous passons un petit hameau et nous voyons la colline où se trouve le vrai sommet. C’est joli et tranquillement vallonné. Au sommet se trouve un ancien ouvrage militaire érigé en 1914, la tour militaire du Signal, une tour d’observation reconnaissable à sa forme triangulaire. On peut y grimper par une échelle. Bien sûr, nous y grimpons : c’est plutôt sympa, le panorama est intéressant. Nous redescendons rapidement et retournons en direction de la cabane pour faire une nouvelle pause. Il ne reste maintenant plus qu’à redescendre. Nous commençons par rejoindre un chemin gravillonné qui traverse les prairies en direction de Gressins. Cette ambiance champêtre est plutôt sympa, mais j’avoue que ce passage est long, surtout avec des chaussures rigides. Nous regrettons de ne pas avoir pris une paire de chaussures de trail pour la descente. La descente est régulière. Arrivés vers le point 906, nous suivons le sentier qui s’enfonce dans la forêt. Il nous permet d’accéder, au cours de la descente, à deux belles plateformes d’observation sur l’arête que nous avons faite auparavant. J’avoue que mes pieds me font bien souffrir. Le seul avantage : la descente est régulière. Le soleil devient rasant, les couleurs dorées de la fin de journée sont superbes. À chaque mètre que nous descendons, le bruit de la civilisation se fait plus présent. Après plusieurs zigzags, nous sortons de la forêt. Il ne reste plus qu’un bon kilomètre à marcher pour rejoindre la voiture. J’avance au mental depuis un moment. J’essaye de tout faire pour être le moins crispé possible pour atténuer la douleur, mais ce n’est pas simple. Nous y voilà, on l’a fait ! Nous sommes super contents et Blandine est ravie d’avoir pu découvrir cet endroit exceptionnel ! Si vous avez une petite expérience alpine, c’est vraiment un endroit à découvrir ! Et vous? Qu’en pensez-vous ? Je me réjouis de lire vos retours. Sinon pour la technique : Distance : env 14 km Dénivelé : env 900 m Durée : env 7h Difficulté : T5+/F Une sortie à la frontière entre randonnée engagée et alpinisme facile. L’arête n’est pas à sous-estimer. Les difficultés peuvent être contournées par la droite dans la première partie et par la gauche dans la deuxième. Nous avons choisi la variante la plus alpine. Une désescalade de 5 mètres est nécessaire (cela peut se faire en rappel) et une paroi verticale équipée de tiges métalliques d’une dizaine de mètres est à grimper. Un assurage par le haut est possible. Ces difficultés peuvent toutefois se contourner par la gauche.
Grande Arête du Raimeux depuis Moutier needs route
Une arête rocheuse spectaculaire entre randonnée engagée et alpinisme facile, avec dalle, désescalade en rappel et paroi équipée de tiges. Le retour par la cabane du Raimeux, le sommet et les prairies jurassiennes offre un fort contraste d'ambiance.