Le Schilthorn autrement ! C’est un sommet que j’avais en ligne de mire depuis plusieurs années. Tout était resté à l’état de projet et de rêve, car tous les itinéraires qui y mènent à pied sont très longs. Je n’avais pas envie de découvrir l’endroit en tant que touriste, mais en tant que randonneur. Finalement, il y a quelques semaines, les planètes se sont alignées et je me suis lancé en ayant plusieurs options ; ce sera probablement l’une de mes grosses randonnées de cette année. Mon point de départ est Griesalp, un petit hameau au-dessus de magnifiques gorges. Il faudra que je revienne dans le coin pour les découvrir plus en détail. Le trajet est une aventure en soi : la dernière partie en voiture ne peut se monter ou se descendre qu’à certaines heures sur une route très raide. L’endroit est un petit paradis, un écrin de verdure bordé par une rivière. Attention, le parking ne peut être payé qu'en cash. Il est passé midi lorsque je me mets en route. J’ai décidé d’adapter mon parcours pour passer par une forêt qui m’attire beaucoup plus qu’une route bétonnée, pourtant l’option la plus courte. Au diable l’avarice. Un peu plus loin, je quitte la Via Alpina qui mène à la Blüemlisalphütte et à Kandersteg pour passer par le point 1 488, près du Bundstäg. J'avoue avoir hésité un moment à changer de destination, l’endroit étant plus accessible. Pour l’instant, c’est encore un chemin carrossable. Au fur et à mesure que je monte, la vue s’ouvre sur la vallée et les sommets environnants. Arrivé à Bürgli, un peu au-dessus de 1 600 m, la pente se raidit et la montée commence à se faire sentir. Peu avant d’arriver à Obere Dürreberg, je croise un troupeau de vaches qui pose majestueusement près du chemin. Avec les montagnes en arrière-plan, c’est vraiment superbe. J’ai aussi une vue, désormais, sur le sentier alpin que je vais prendre. D'ici, il est difficile d’imaginer une sente passant par cette paroi vertigineuse, mais une chose après l’autre. Je suis sur un sentier large et monte jusqu’à une bifurcation aux environs de 2 100 m. À partir de ce moment-là, je vais me retrouver seul au monde pendant un très long moment ! Ce n’est plus un sentier, mais une sente bien dessinée qui passe au travers de prairies de plus en plus pentues. Je vois quelques chamois directement posés sous une falaise au-dessus de moi. Je commence à faire attention. Le sol n’est pas glissant, mais le faux pas n’est plus permis. La pente se fait plus raide et le vide devient très proche. J’avance dès lors très prudemment. Je me dis qu’à la descente, ça va être vraiment compliqué, d’autant plus qu’il risque de faire nuit. Je suis déjà en train d’étudier dans ma tête un éventuel plan B. Je déciderai plus tard... Vers 2 400 m, la pente s'adoucit et je me retrouve sur une espèce de haut-plateau. Je suis à la frontière entre le monde végétal et le monde minéral. Plus haut, c’est un désert de cailloux vallonné. Sur ma gauche, en direction du Wild Andrist, un troupeau de Nez-Noirs paît tranquillement, jusqu’à ce qu’un des moutons me voie. Il bêle et se met tout de suite à galoper dans ma direction. Bien sûr, tout le troupeau suit. Ils sont visiblement contents de voir une présence humaine. Je reste quelques minutes avec eux, puis me remets en route en franchissant la clôture qui sépare la verdure du pierrier. C’est parti. Je navigue entre de gros blocs qui ont dû tomber depuis les contreforts du Hundshorn. Je passe un premier col. Il n’y a plus de chemin, à peine quelques traces bleu-blanc par moments. Heureusement, je sais que je vais dans la bonne direction et j’ai une bonne vision de l’itinéraire à suivre. J’adore me déplacer dans cet univers lunaire. L’ambiance est tellement dépaysante ; je chemine maintenant sur une vaste étendue minérale. Ma destination est en vue : le Schilthorn, qui paraît inatteignable, perché au sommet d’un monticule hyper raide. Près des restes d’un petit lac, une grosse flèche bleue m’indique par où passer. Le marquage est à nouveau excellent. Après être descendu, je remonte à nouveau. La fatigue commence à se faire sentir, mais je continue à avancer à un rythme régulier. Peu après, je vois qu’il faut à nouveau descendre par un endroit qui semble bien engagé. En regardant la carte, je me dis un instant qu’un autre passage est peut-être possible. J’hésite, puis me ravise et reprends l’itinéraire normal. Je suis face à une paroi quasi verticale qu’il faut désescalader. Heureusement, il y a une corde fixe toute neuve. Ce n’est pas compliqué, mais très impressionnant. Et mon côté flemmard n’aime pas l’idée de descendre pour remonter ensuite. Le mental et le physique sont déjà entamés. Là encore, je n’apprécie pas l’idée de repasser par là. Mon plan B se précise. J’arrive à Rota Härd et, là, je dois dire que je prends une claque visuelle énorme. Je ne m’y attendais pas. Le panorama est absolument merveilleux, avec des hauts sommets tout autour de moi et une vallée verte, le tout baigné d’une lumière de fin de journée exceptionnelle. Pour couronner le tout, le ciel est un peu couvert et ajoute cette touche de mystère et de mysticisme que j’aime tant ! L’heure tourne et c’est avec une énergie renouvelée que je continue. Je rejoins le chemin balisé rouge. Ma destination semble maintenant à portée de main. Peu après Sattel, le chemin suit une déviation. La voie normale n’est pas praticable suite à une chute de pierres. Je dois dire que je ne m’attendais pas à la difficulté de la déviation. Pour ma part, on est vraiment à la limite d’un chemin rouge : c’est très étroit, très pentu et la chute n’est absolument pas permise ! Avec la fatigue, j’avance prudemment. Voilà, c’est passé. Je suis sur la crête ! Seul au monde ! C’est assez dingue de pouvoir profiter des installations touristiques désertes. C’est une sensation tellement unique. Et quel panorama exceptionnel ! Même si les nuages bouchent un peu la vue, ce n’est pas grave, l’essentiel est là. Je prends une bonne pause et m’habille. Il y a du vent sur la crête et le soleil décline sur l’horizon. C’est difficile de s’arracher à cette vision tellement grandiose. Je comprends pourquoi cet endroit existe. L’heure tourne. Il est temps pour moi de redescendre. Je suis décidé pour mon plan B, qui va me rajouter du dénivelé et des kilomètres, mais va au moins m’éviter la partie alpine du chemin. Avant d’attaquer la première partie, la déviation, je suis saisi par une vision onirique en direction du lac de Thoune et de tous les sommets environnants, baignés d’une lueur divine, entourés de nuages. C’est vraiment la randonnée de tous les superlatifs. Je reste très prudent sur la déviation. Entre la fatigue et l’engagement, j’avance lentement. Je respire à nouveau près de Sattel. Je continue à bon rythme. Au point 2 684, je bifurque direction la Rotstockhütte et Griesalp en passant par le chemin rouge. C’est plus long, mais normalement moins engagé. Je profite encore, émerveillé, du soleil bas sur l’horizon, qui transperce par endroits les nuages et éclaire des pans de montagne d’un bel orange vif. Le chemin semble plutôt récent ; il passe par un ancien éboulement. Il faut se faufiler entre les pierres, c’est ludique, mais le rythme est plus lent. Je profite d’un ruisseau pour refaire le plein d’eau. Vers le point 2261, je bifurque sur la droite pour rejoindre un chemin de traverse qui m’amène sur une autre étape de la Via Alpina. Juste avant de se coucher, la montagne devant moi s’éclaire de lueurs roses, comme un baroud d’honneur. Le crépuscule s’installe doucement. J’ai dans l’idée de retarder au maximum l’utilisation de ma frontale. Je préfère de loin laisser mes yeux s’habituer au manque de lumière, d’autant plus que le chemin est facile. Par contre, je grimpe à nouveau. Je surprends presque deux randonneurs qui semblent un peu étonnés et perdus. Ils me demandent où se trouve la Rotstockhütte. Heureusement pour eux, elle n’est plus très loin. Pour ma part, je ne suis pas encore arrivé à destination. Je dois remonter un peu plus de 300 mètres de dénivelé pour rejoindre la Sefinafurgga. Il fait de plus en plus nuit, mais je distingue encore bien les pierres et j'aperçois le col. Sur la fin, le chemin est particulièrement raide et se termine par de longues volées d’escaliers ! Arrivé au col, exténué, je fais une pause et allume ma frontale. Impossible de faire autrement. Dans l'obscurité, l’autre versant ne semble guère accueillant. Un immense escalier me fait face. Je n’ai pas le choix, je me lance. J’ai très vite perdu le compte du nombre de marches. Une fois arrivé au bout, le chemin zigzague au travers du pierrier. Je peux reprendre un bon rythme. Peu à peu, quelques touches de verdure font leur apparition et se font de plus en plus présentes à mesure que je perds de l’altitude. Le mental est bon, les jambes tiennent encore le coup. Je croise à nouveau quelques moutons qui me regardent de loin. Le chemin n’est pas très roulant. Je passe près d’un ruisseau. Je fais attention où je pose mes pieds, car je sais que plus ma fatigue grandit, plus je risque de trébucher. Je reste concentré au maximum. C’est avec un vrai soulagement que je rejoins la bifurcation avec le sentier alpin au point 2100 m. À partir de là, je me souviens du chemin et il ne reste plus qu'une piste carrossable. J’évite les raccourcis pour rester sur la piste et, sur la fin, je prends la route goudronnée, plus simple et plus directe. Voilà, c’est fait, je suis arrivé à ma voiture. Je ne réalise pas encore l’ampleur de ce que je viens d'accomplir et surtout mon esprit est encore saturé par les images grandioses et les sensations vécues dans cet incroyable périple ! Je ne peux que vous conseiller d'explorer la région. C’est un peu le souci : plus je me balade par ici, plus j’ai envie d’en découvrir davantage. Quelles sont vos trois images préférées ? Je me réjouis déjà de vous lire ! Si vous avez un coup de cœur pour une image, n’hésitez pas à me contacter pour une toile en grand format. Sinon, pour la technique : Distance : env. 24 km Dénivelé : env. 2 400 m Durée : env. 11 h (selon SuisseMobile en été) Difficulté : T4. Un pied sûr et l’absence de vertige sont indispensables. Entre Obere Dürreberg et Hundsflüe, une sente étroite dans de grosses pentes herbeuses est à traverser. Après Telli, une courte désescalade d’une dizaine de mètres est à effectuer sur une corde fixe. Une capacité d’orientation dans les pierriers est nécessaire entre Hundsflüe et Rota Härd. La déviation jusqu’au Schilthorn est à prendre au sérieux et s'avère très impressionnante. Lien vers le parcours : https://schweizmobil.ch/fr/tour/1943534680?layers=trackLayer%2Cwanderland%2Cslope&E=2629062&N=1156018&resolution=1.00&bgLayer=pk&detours=yes&shooting=yes&logos=yes&photos=yes&season=summer
Griesalp – Schilthorn par la sente alpine et la crête (boucle via Rotstockhütte) needs route
Un itinéraire sauvage à travers pierriers et prairies jusqu'à la crête du Schilthorn, avec une vue panoramique exceptionnelle. Le retour par la Rotstockhütte et la Sefinafurgga offre une fin de journée à la lumière spectaculaire.