Zermatt, lundi 31.07.2023. Aujourd’hui c’est le Jour J. Il est 6h du matin. Nous ouvrons péniblement un œil. Une journée spéciale nous attends. Mais revenons quelques jours en arrière, avant notre escapade à Zermatt. Blandine m’a enseigné durant toute une soirée les techniques alpines de base sur l’encordement. Nous avons passé un bon moment à répéter les différents nœuds et calculer les bonnes longueurs et réserve de corde nécessaire pour nous déplacer de manière sécurisée sur un glacier. Vous devinez la suite ? Je vous ai déjà raconté notre sortie d’acclimatation du jour précédent sur la crête du Gornergrat qui nous a mené jusqu’au sommet du Stockhorn. Un endroit magnifique, dont nous sommes revenus complétement éreinté, et le mot est faible. Je ne m’étais pas posé trop de questions, même si j’étais très pessimiste sur nos chances de succès dans l’aventure du jour. Le premier exploit étant de réussir à me lever et à mettre un pied devant l’autre. Nous voilà donc au matin. Le réveil sonne. Bien qu’encore réticent. Je m’étonne de réussir à me lever sans avoir mal partout. J’ouvre le rideau et je suis accueilli par une vision absolument magique, qui balaye nombre de mes doutes et me donne de l’énergie : Le Cervin en feu. C’est un spectacle absolument fascinant. Je comprends pourquoi tant de gens sont envoutés par le lever du soleil sur cette montagne, c’est une vision qui va rester gravé dans mon esprit très longtemps. Nous nous habillons avec une certaine fébrilité (enfin du moins pour ma part). Nos sacs sont déjà faits, mais je revérifie néanmoins que j’ai tout le vital avec moi : Mon appareil photo, mes trois couches d’habits, deux paires de gants, mes bâtons, mon piolet, mes crampons ainsi que mon baudrier avec le matériel nécessaire accroché dessus. Nous avons la chance, car le petit déjeuner est service un peu avant 7h et la station inférieure du téléphérique est à 5 minutes à pied. Je n’avais pas prémédité l’intérêt d’avoir une chambre d’hôtel aussi proche du départ. C’est un confort non négligeable. Après avoir pris un bon repas, nous voilà au départ des remontées pour le Petit Cervin. Jusqu’à 8h, ce sont les anciens téléphériques qui s’occupent de monter les alpinistes, randonneurs et touriste matinaux en haut. C’est un autre gain de temps appréciable. Il est 8h20, nous sommes arrivés en haut, les pieds dans la neige gelée du matin. La météo est vraiment parfaite. Le ciel est encore légèrement voilé, mais la lumière est tout simplement extraordinaire. Certains groupes se préparent ici, d’autres plus loin. Nous décidons d’avancer jusqu’à la cabane en bois, un peu plus loin, sur la piste de ski tracée sur le glacier. Mon regard est attiré par cette lumière et les sommets alentours. Il y a de la magie et oui, je l’avoue, un peu de stress ; mais sans peur, ce qui est plutôt positif. Je me sens prêt, et ce grâce à Blandine. Nous voilà à la cabane. Il y a une corde jaune et noire qui délimite le domaine sécurisé. Comme d’autres groupes, nous nous préparons ici. Nous mettons notre baudrier, les crampons et prenons le temps de nous encorder correctement. Non à cause du danger, qui est très limité, mais parce que nous avons envie de profiter de cette sortie simple pour faire les choses comme de bons élèves et prendre les bonnes habitudes. Il est 8h40, nous voilà en route sur le glacier. Blandine est la cheffe de cordée. Je suis derrière. Ce n’est que la deuxième fois que j’expérimente le fait d’être encordé, c’est toujours quelque chose d’étrange qui vous apporte à la fois une sécurité et une responsabilité. Je n’ai pas envie de sortir mon appareil pour l’instant, mais d’avancer. Oui c’est rare car souvent j’aime prendre mon temps pour des photos, mais là je sens au fond de moi, comme une impatience, presque un sentiment d’urgence. Je sais qu’un retour matinal est un facteur de sécurité important. La première partie se passe bien. Nous nous déplaçons avec régularité en suivant une autre cordée. C’est plat et parfait pour se chauffer tranquillement. Un groupe de cinq personnes encordées nous dépasse. Je vois un ou deux petits trous dans la neige qui me rappelle que nous sommes sur un glacier, mais honnêtement rien d’inquiétant ou d’impressionnant. Enfin si, le Breithorn, droit devant nous qui nous domine. Cette immense colline enneigée, c’est juste magnifique. Avec tous ces points mouvants qui grimpent dessus. Nous arrivons au bas de la pente. C’est visiblement l’endroit où tout le monde fait un premier arrêt. Nous passons en corde courte, comme tous les autres. Je troque mon deuxième bâton contre le piolet qui me sera bien plus utile à partir de là. Je ne me sens pas du tout fatigué. Je suis impressionné par cette pente à plus de trente degrés qui nous attends, mais j’essaie de ne pas trop y penser. Nous repartons, et calons nos pas sur un autre groupe qui avance avec régularité. Nous redépassons le groupe qui nous avait devancé auparavant. La lenteur paye. Il n’y a pas à se poser la question sur l’itinéraire. C’est parfaitement tracé. Cela doit être tout autre chose dans de mauvaises conditions ou avec de la neige fraîche, mais sommes tombé sur la journée de l’année. Par moment le vent se lève un peu et nous rappelle que nous sommes en haute montagne. J’ai parfois un peu de peine à me caler sur le rythme de Blandine. Mais pas après pas, nous progressons. Nous dépassons les 4000 mètres et avant d’avoir le temps d’y penser nous sommes au sommet. Nous nous retrouvons sur le haut de cette colline avec au moins une vingtaine de personnes, c’est assez spécial et tellement insolite, tout en restant très impressionnant. Je suis heureux, mais je crois qu’il va falloir que je digère, car j’ai de la peine à réaliser que nous y sommes arrivés et ce d’autant plus que nous l’avons fait de manière autonome et sans vraiment être fatigué. L’acclimatation rends la chose tellement plus simple. Je n’ai pas encore eu le temps de vous parler de la vue qui est tout simplement exceptionnelle, même si je fais attention à chacun de mes pas, car la pente n’est pas loin. Le massif du Mont Rose, Castor, Pollux, les Liskamms, la crête du Gornergrat en-dessous de nous, le Cervin et encore de nombreux autres géants tout autour de nous. Ce changement de perspective en prenant de la hauteur est toujours tellement fascinant. C’est une telle sensation de se retrouver sur un de ces géants mythique, même s’il s’agit du plus simple des 4000 mètres. Le faire avec nos connaissances et mon expérience limitée est pour moi un exploit énorme. Même si je ne suis pas rassuré et que je vais prendre mon temps à chaque pas à la descente, je me sens en confiance et ça j’en suis très satisfait. Nous restons un moment sur le sommet, les groupes filent et défilent. Certains continuent pour descendre par l’arête est, d’autre arrivent de la traversée complète, il y a de tout. Nous ne nous attardons néanmoins pas trop longtemps au sommet, je préfère redescendre tranquillement. Cette fois-ci c’est moi qui ouvre la marche. J’y vais d’un pas régulier, tout se passe très bien. C’est fou, la matinée est déjà bien entamée, mais il y a encore des groupes qui ne partent que maintenant. Nous sommes un peu surpris. Nous nous faisons d’ailleurs la remarque que les cordées qui montent maintenant semble moins bien organisées. Nous voyons de tout. Cela va de la cordée en corde longue, de la cordée qui utilise une cordelette pour s’assurer, aux personnes qui ne sont pas encordées. Nous avons même croisé un touriste asiatique, seul, en chaussure de trek, sans crampons et sans piolet. A mes yeux, c’est totalement irresponsable et dangereux, mais je crois qu’il ne s’en rendait même pas compte. Nous nous retrouvons rapidement au bas de la pente et revenons en corde longue pour la dernière partie sur le glacier. Nous hésitons, mais gardons nos crampons, même s’ils ne sont pas forcément nécessaires. Sur ce dernier tronçon, avant de revenir dans le domaine sécurisé, nous croisons quelques touristes qui se promènent sur le glacier, sans aucune conscience des risques et dangers encourus. Certaines prennent même la liberté de sortir des chemins tracés par le passage des nombreux alpinistes. Il y en a en robe et petites chaussures d’hiver. Nous passons à côté d’elles complétement équipés, c’est ce qu’on appelle du contraste. Vers la petite maisonnette, nous nous désencordons et rangeons crampons, baudrier et corde dans nos sac. Il ne reste maintenant plus qu’une petite ligne droite pour revenir à la station du Petit Cervin. C’est impressionnant la neige dure et glacée de l’aller, s’est maintenant transformée en une neige de printemps, plus proche de la soupe. Nous voilà de retour à la station. Il est midi. Quelle incroyable expérience. Nous prenons une boisson au restaurant pour fêter cette réussite et profitons encore un peu de la vue avant de reprendre la télécabine pour redescendre dans le monde des Hommes. J’espère que ces quelques photos vous parleront autant qu’à moi. Laquelle préférez-vous ? Sinon pour la technique : Distance : env 6.5km Dénivelé : env 420m Durée : env 3-4h Difficulté : F. Pour tous les randonneurs qui me connaissent, il s’agit ici d’une sortie alpine sur un glacier en haute montagne. C’est un autre monde, où des connaissances spécialisées et un équipement adapté est nécessaire pour sa sécurité. Le lien vers le parcours : https://map.schweizmobil.ch/?lang=fr&photos=yes&logo=yes&detours=yes&season=summer&bgLayer=pk&resolution=1.91&E=2624372&N=1087522&trackId=752853913&layers=Wanderland #zermattmatterhorn #breithorn #alpinisme #4000m #mountainlovers #matterhorn #cervin
Breithorn par le Petit Cervin (ascension glaciaire) needs route
Une ascension matinale du Breithorn depuis le Petit Cervin, sur un glacier au tracé parfaitement balisé, avec un lever de soleil magique sur le Cervin. La vue depuis le sommet de ce 4000 mètres accessible est exceptionnelle.