Il y a un dicton qui dit : jamais deux sans trois… Quelques mois en arrière, j’ai eu la “chance” d’avoir été tiré au sort pour participer à nouveau à Sierre-Zinal, pour la troisième fois. J’avoue que cette année a été un peu spéciale. Bon vous me direz que chaque année est spéciale et c’est vrai ! Mais j’avoue que contrairement à l’année précédente, c’est avec plein d’appréhension que je me suis élancé ce samedi à 6h15, dans le bloc des touristes ! Sans une vraie préparation psychologique ni physique, avec en prime un genou récalcitrant… Plus que 30 secondes, je laisse mes peurs et mes appréhensions derrière moi, je fais le vide… Bang ! Le coup de pistolet retentit et me voilà parti pour une nouvelle aventure ! Je passe par St-Antoine, je préfère de loin monter par le chemin de croix. Le sentier est plus étroit et les gens marchent en grande majorité. Je sais que normalement ma force réside dans la montée. Mes mains appuient sur mes jambes à chaque pas quand le sentier est raide, je me dis que c’est un bon moyen de les préserver. Je prends un bon rythme et dès que je rejoins un groupe ou une personne un peu plus lente, je profite d’un virage pour la dépasser. Je suis dans ma bulle, je ne pense à rien d’autre qu’au pas suivant et à ne rien lâcher. J’entends les gens sonner la cloche de la chapelle plus haut, c’est comme entendre les gens se libérer de leur souffrance pour cette première partie de montée. J’avance virage après virage. Je reprends un peu confiance en moi. Je n’ai pas le temps d’avoir peur. Les groupes s’espacent et par moments je ne vois plus personne ni devant ni derrière. Arrive enfin le premier ravitaillement, cela m’a semblé presque court. Je commence le cocktail : bouillon, thé, isotonique et eau, un morceau de banane et un carré de chocolat et me voilà reparti au son d’une marche funèbre jouée par un groupe venu poser ses instruments ici, si, si… J’ai entendu plus encourageant j’avoue. Il y a un petit côté satirique qui me fait quand même rire. Je sais que la deuxième partie sera encore plus raide. Tout le monde avance dans le silence de l’effort, c’est spécial. Nous partageons tous une certaine notion de la souffrance. Je dépasse certaines personnes qui sont déjà bien ancrées dans le mal. Pour ma part, le mental est solide, je sais ce qui m’attend. Mes mains poussent tout ce qu’elles peuvent sur mes jambes. Je profite des petits instants avec la vue sur la Couronne Impériale, c’est magnifique. Voilà, la partie la plus raide de la montée est faite ! Le sentier s’adoucit enfin un peu, Ponchette est en vue ! Nouveau ravito, et c’est reparti. Le chemin est maintenant roulant : un mélange entre faux plat et petite descente. J’essaye de garder un bon rythme, j’arrive à trotter par moments, mais je n’ose pas trop. Je sais que la route est encore très longue et je suis un peu inquiet pour mon genou qui me lance par moments, je ne veux pas me griller. Plus que deux kilomètres avant Chandolin, plus qu’un. La descente est franche, je trotte, c’est plus agréable ainsi. J’ai enfin l’impression d’avancer ! La clameur monte, il y a beaucoup de monde, des encouragements fusent de toutes parts. Je continue avec le même cocktail qui va me permettre de tenir, puis je repars. Visiblement, il y a déjà eu des chutes. Je vois un participant pris en charge par les secours. Heureusement cela ne semble être que des égratignures, mais quand même. Je repars au son du cor des Alpes, j’adore. Prochaine étape : Tignousa ! Le sentier est varié, ça monte beaucoup, ça descend un peu. J’ai eu une petite frayeur pour une participante qui chute devant moi. Heureusement elle se relève, plus de peur que de mal, ouf ! J’arrive au secteur de nos amis belges qui sont au taquet ! Ils mettent une super ambiance ! Le virage des gruyériens aura du boulot ! Tignousa est en vue, Blandine et Gregory sont là pour me soutenir, c’est tellement génial. Je me sens tellement chanceux et privilégié d’avoir mon fan club. Je m’arrête deux minutes. Je ne suis toujours pas serein avec mon genou, on verra la suite… Pour l’instant, je suis dans les mêmes temps à la minute près que l’année précédente, ce qui est plutôt encourageant quand même ! Je repars tranquillement et essaye de trotter par endroits, mais là encore, je redoute la montée jusqu’au Weisshorn et Nava. Mes jambes sont faibles, mais je continue. Il fait plus frais que l’année précédente, j’essaye néanmoins de rester dans l’ombre pour ne pas surchauffer. J’attaque la montée vers le Weisshorn. Finalement elle s’est mieux passée que je ne l’aurais cru. Mes souvenirs étaient plus compliqués. Les gruyériens sont à fond, comme chaque année ! Le soutien est toujours aussi dingue et merveilleux. Weisshorn, me voilà. Je commence par tremper ma casquette et continue avec mon cocktail. Je repars tout doucement en sirotant mon dernier gobelet d’eau. Je sais que la montée n’est pas terminée. J’essaye d’avancer au maximum. Peu avant Nava, le premier junior me dépasse, il est tellement impressionnant et fonce comme une fusée ! À partir de maintenant les juniors commencent à arriver et à me dépasser. Au cri de “junior”, “gauche”, “droite” ou au bruit de pas en train de courir à un sacré rythme, je tourne mes épaules pour leur laisser un passage. Voilà ça descend enfin. Je n’ai plus beaucoup de jus dans les jambes. J’essaye de trotter un peu, mais pas trop, il reste encore quelques kilomètres. J’adore les passages dans les pierriers, j’en profite pour dépasser des coureurs qui n’ont pas l’habitude de ce terrain. Mais chaque pas est de plus en plus difficile. Mon énergie est au plus bas, je lâche du terrain. Barneuza arrive, la délivrance est proche. J’en profite pour adapter mon cocktail avec un verre de coca et un morceau de sucre, car c’est compliqué, et je m’élance pour la dernière descente. Visiblement après une dizaine de minutes, cela semble fonctionner, je retrouve un peu d’énergie. Dès que la pente devient plus forte, je ne marche plus, je trotte. Je prends du plaisir dans les passages les plus abrupts, je trotte, mes pieds se posent parfaitement, je ne dérape pas, tout fonctionne. Je dépasse des grappes de personnes qui n’ont pas l’habitude de ce terrain aussi technique. Plus j’approche de Zinal, plus l’ambiance devient électrique. J’ai l’impression qu’il y a encore plus de monde que les années précédentes. Les encouragements fusent de toutes parts. Dès que j’arrête de trotter, je boîte, alors j’essaye de continuer à courir dès que ça descend. Je passe le tunnel dans une ambiance survoltée. Allez, encore une descente, la dernière. La forêt se termine et je rejoins le bitume. Le compte à rebours est lancé : plus que 400 mètres. Les encouragements de la foule me redonnent un peu d’énergie, je me remets à courir un peu, j’alterne avec la marche. 300 mètres… une douleur dans mon mollet me ralentit, je ne veux pas qu’elle se transforme en crampe. Plus que 200 mètres, je vois Gregory et Blandine qui sont là ! Gregory me rejoint pour faire les derniers mètres à mes côtés et m’encourager. Quel bonheur et quelle souffrance à la fois. Je m’effondre presque sur la ligne d’arrivée, c’est fait ! L’émotion prend le dessus. Mon fils me réconforte et me soutient, les bénévoles sont d’une bienveillance et d’une gentillesse extraordinaire. On me donne ma médaille, je vais boire et tenter de reprendre mes esprits. C’est fait, pour la troisième fois. Je mesure ma chance d’y être arrivé.
Sierre-Zinal (course à pied, 3e participation) needs route
Le récit raconte la course Sierre-Zinal vécue de l'intérieur, entre effort silencieux, ravitaillements et ambiance des villages. L'arrivée à Zinal, soutenue par la famille et la foule, en fait un moment d'émotion fort.