A la suite de notre belle sortie à Zmutt et à Schwarzsee et un passage dans le village pour aller louer des crampons pour mon Pti Gars, nous attaquons aujourd’hui les choses sérieuses : Faire un tour à la cabane Monte Rosa. Il s’agit d’une randonnée qui n’est pas à la portée de tout le monde. Même si le trajet est balisé, il est nécessaire et primordial d’avoir un minimum de connaissances alpines et d’être équipé à minima avec un piolet et des crampons. Voilà, je me sentais obligé de mettre un avertissement en préambule. Cela dit, nous pouvons passer au récit. Après un bon petit déjeuner, nous voilà à attendre le train pour le Gornergrat avec tous touristes asiatiques. Je trouve cela toujours marrant ce contraste entre les « vrais touristes » qui sont presque en talons aiguille et nous avec nos grosses chaussures, nos piolets, casques et sacs pleins à craquer. A l’ouverture tout le monde se précipite pour avoir la meilleure place, même si nous sommes pour l’instant dans une brume qui nous coupe toute visibilité. Je sais que ça se découvrira plus tard. Nous descendons à Rotenboden en même temps qu’une moitié du train. Hormis deux autres personnes équipées qui vont sûrement au même endroit que nous, tous les autres se dirige vers le Riffelsee en rigolant et en s’accrochant les uns aux autres, car oui il y a une terrible pente d’au moins dix degrés. La brume se découvre par moment nous offrant un petit aperçu sur le panorama exceptionnel de la journée. Je me sens tellement privilégié de pouvoir profiter de ça ! Encore une fois quel contraste, car après avoir marché à peine une centaine de mètres, nous nous retrouvons quasi seul au monde à profiter de la vue. Car oui, les nuages prennent de l’altitude et la vue s’ouvre. C’est à couper le souffle. Marcher le long du Gornergletscher est toujours aussi prenant ! Nous faisons la rencontre d’une petite marmotte qui nous observe non loin du sentier et qui se demande ce que nous faisons là. Nous avançons d’un bon pas. Le sentier est très agréable. Nous arrivons rapidement à la bifurcation entre le chemin actuel qui mène à la cabane et l’ancien chemin qui est également balisé. Nous décidons de prendre le « nouveau » pour commencer. Nous nous rapprochons du glacier. Il ne paraissait pas si grand de loin, mais là, à son pied, c’est un monstre gigantesque que nous allons devoir franchir. Nous prenons une petite pause au pied du glacier afin de nous équiper. Vu que nous ne connaissons pas les conditions, nous nous équipons complétement : casque, baudrier, crampons et corde. Nous galérons avec les crampons de mon Pti Gars pour la première mise en route, mais finissons par y arriver. Il est impressionné et se réjouis à la fois de mettre les pieds pour la première fois sur un glacier. Le chemin est balisé par des poteaux assez visible qu’il s’agit de suivre afin de naviguer au mieux dans ce désert de glace et surtout éviter les problèmes. Entre temps la météo s’améliore. Bien qu’il y ait toujours des passages nuageux, on va vers le mieux. J’espère que cet après-midi nous aurons le droit à un coup d’œil sur le Cervin au complet. Mon Pti Gars gère super bien les crampons, ainsi que la corde. Nous progressons bien sûr lentement avec tout ce poids supplémentaire, mais ça se passe bien. La première partie se déroule sur une zone de compression où il n’y a aucune crevasse, c’est parfait pour s’habituer. Nous avons pris un peu d’altitude. Nous sommes maintenant au-dessus de 2800m. Les poteaux s’orientent maintenant parallèlement aux crevasses qui apparaissent, d’abord petites, puis parfois béantes. C’est très impressionnant. Le chemin reste techniquement facile. Mais il faut prendre son temps et anticiper pour choisir le bon itinéraire et ne pas se retrouver face à un trou infranchissable. Une autre cordée nous suit. Elle pourrait nous dépasser, mais est bien content que nous restons devant. Nous croisons aussi deux inconscients qui n’ont aucun équipement. Même pas de crampons aux pieds, ce qui est quand même dangereux à mon sens, car le risque d’un chute n’est pas négligeable et non sans conséquences. Cette traversée du glacier, qui paraît si petite sur la carte, nous prends beaucoup de temps. Nous arrivons finalement sur la moraine de l’autre côté. Ouf, une bonne chose de faite ! Mon cerveau à de la peine à réaliser et à prendre en compte cette immensité glaciaire. Nous nous déséquipons, car nous sommes maintenant sur le bord de la moraine du glacier. Le chemin est bien balisé et visible. La cabane paraît si proche, mais pourtant elle est encore si loin. Nous devons traverser une succession de passages en gravier, des pierriers gigantesques, des petits torrents et ruisseaux alimentés par le Monte Rosagletscher. C’est un terrain super varié et ludique, mais pas du tout roulant. Le terrain est bien incliné par moment, mais cela reste largement gérable. Il y a encore quelques passages enneigés à traverser. Je ne suis jamais à l’aise, car je crains toujours de m’enfoncer ou de passer au travers d’un pont de neige sur un ruisseau, mais heureusement tout se passe bien. Pas après pas, nous avançons. Le chemin monte, puis redescends sans cesse. J’ai l’impression de suivre un fil d’Ariane dans un dédale labyrinthique et minéral. Je sais que je ne vous parle pas assez de l’environnement, des glaciers et des sommets à plus de 4000 mètres au-dessus de nous et devant nous. Ce sont des vues complétement hallucinantes. Devant nous le Cervin est visible en ligne droite du Gornergletscher. C’est tout simplement fou. Il est déjà presque 15h30 quand nous arrivons à cette cabane Monte Rosa, si atypique, en forme de cristal, éreinté et heureux. Quel endroit !!! C’est un bonheur indescriptible de se retrouver ici, au milieu de cette Nature Brute avec cette ambiance détendue et calme qui règne souvent l’après-midi en cabane. Nous prenons une bonne pause avec une bonne part de tarte et une boisson bien méritée. Nous discutons avec la gardienne qui nous conseille de rentrer par le vieux chemin avec en prime une absence de crevasse et le passage d’une échelle de 15 mètres. C’est donc décidé nous ferons la boucle ! Je regarde l’heure bientôt 16h. Le dernier train part de Rotenboden à 20h12, ça risque d’être très juste. Nous prenons rapidement la décision de repartir, requinqué par les glucides et cet endroit merveilleux. Nous regrettons de ne pas y rester pour la nuit. Nous entamons donc la descente d’un bon pas avec une énergie renouvelée. Le terrain est pour l’instant beaucoup plus roulant et nous avançons bien avec en prime une vue époustouflante. Il m’est difficile de ne pas m’arrêter toutes les deux minutes pour en profiter. Nous arrivons assez rapidement près du Gornersee, où l’on peut se baigner dixit la Gardienne qui en a profité durant la matinée. J’imagine quand même que l’eau ne dois pas être très chaude. Nous continuons notre descente. Le glacier du Grenzgletscher semble si proche, mais encore une fois, c’est une illusion. Les distances sont grandes et plus nous avançons, plus ce géant prends de l’ampleur, c’est tellement impressionnant. Nous voilà à nouveau les pieds sur le glacier. Effectivement tout est bien compacte et aucune trace de crevasse, même s’il y a des grottes et des vides immenses au bord. Nous décidons de remettre les crampons par sécurité, mais nous faisons fi de la corde, qui étant rassurante sur le haut, mais plutôt handicapante ici. Nous faisons encore une fois le jeu de piste avec les poteaux pour s’orienter parfaitement. Je me sens complétement dominé par l’énormité de l’endroit. J’ai beau avoir lu beaucoup de choses et vu beaucoup d’images, c’est impossible de se rendre compte de cette Grandeur tant qu’on n’y a pas fait face. Le passage sur le glacier se passe bien. Ce qui est fou c’est qu’on se demande toujours par où on va passer, car nous voyons une énorme quantité d’eau s’engouffrer sous le glacier devant nous et des murs de pierres lisses qui s’élèvent. Nous retrouvons pied sur la terre ferme. Je remarque que je me sens soulagé de ne plus avoir le pied sur le glacier. Je n’avais pas remarqué que j’avais sacrément augmenté mon niveau de vigilance et de stress, conscient du milieu potentiellement hostile. Nous remontons maintenant le long du torrent d’eau alimenté par le Gornergletscher. Des gouttelettes d’eau nous aspergent, c’est plutôt agréable. Il faut rester attentif, car le rocher peut être glissant. Il y a des cordes par endroit pour nous aider sur la roche lisse. Nous arrivons finalement à un pont qui traverse le torrent d’eau. Je suis soulagé de ne pas devoir trouver un passage à gué. Nous continuons à grimper, non sans regarder souvent la montre. Nous pouvons toujours y arriver. La lumière est de plus en plus belle au fur et à mesure que le soleil descend. Nous voilà à nouveau au pied de la partie haute du Glacier du Gorner, c’est impressionnant de voir cette masse de glace qui nous écrase complétement. Nous devons remettre les crampons, car il faut repasser par le glacier. Attention il y a de la glace vive et c’est très incliné. C’est à mon sens le passage le plus risqué de la journée. Une chute aurait des conséquences potentiellement grandes, d’autant plus qu’il y a des trous béants non loin. Mon corps et surtout mes jambes commencent à dire stop, mais je dois avancer. Chaque pas est compliqué, mais on arrive finalement au bord du glacier où il y a juste assez de place pour se déséquiper une dernière fois. Une corde va nous permettre de nous hisser sur la roche. J’ai plutôt l’impression d’être sur une via ferrata. Nous remontons maintenant le long d’une vire rocheuse avant d’arriver aux fameuses échelles qui sont quand même sacrément impressionnante quand on progresse dessus ! Une fois l’obstacle franchi, nous nous retrouvons quasiment à la bifurcation avec le chemin du haut. Il ne reste plus « que » le sentier facile. Un point sur le temps restant, ça va être très juste, mais cela reste faisable. Nous n’avons plus d’eau et nous sommes tous très fatigués, mais nous nous remettons en route. Nous avons la chance incroyable de croiser une petite famille de bouquetins. C’est tellement beau et génial ! J’aime cette manière dont les animaux se réapproprient leur terrain une fois l’agitation humaine terminée. Il nous reste trois bons kilomètres. C’est compliqué. Nous avançons tous au mental. Mon Pti Gars gère super bien. Je reste avec lui à l’encourager et à essayer de lui changer les idées. J’essaye de ne pas montrer mon stress, ni ma douleur, ni ma fatigue. Plus nous avançons, plus je me détends, car je vois qu’on va y arriver. On sera à l’heure pour le dernier train, mais je ne lâche rien et on continue tous sur le même rythme. Un pas, un autre pas, avancer. Juste avant d’arriver en vue du Riffelsee, nous croisons la route d’un magnifique bouquetin qui vient profiter une fois les touristes partis ! Les derniers mètres sont très compliqués. Blandine et Gregory sont déjà arrivé. Nous voilà enfin sur le quai, il est 20h00. Nous arrivons avec une petite dizaine de minutes de marge… Autant vous dire que cela ne n’est joué à pas grand-chose. Nous sommes tous au bout de nos forces. Quelle joie de voir le train arriver et de s’y asseoir ! En prime nous pouvons profiter d’une vue quasi sans nuage sur un soleil qui se couche sur le Cervin. En résumé c’était une course absolument incroyable, sûrement une des plus belle et sûrement une de celle qui m’a procuré le plus d’émotion que j’ai réalisée depuis très longtemps. Une variété folle de terrains, de paysages, d’ambiances tout en restant dans une difficulté présente, mais contenue. Mais oui, je le rappelle il faut être équipé en conséquence. Rien qu’en écrivant ce texte, j’ai encore toute cette émotion de cette journée qui me traverse. D’ailleurs autant vous le dire, la sélection des photos a été compliqué et n’est qu’un pauvre succédané de la réalité. J’éprouverais beaucoup de plaisir à avoir votre ressenti sur les images et à lire vos messages. Sinon pour la technique : Distance : env 18.3km Dénivelé : env 1100m Durée : env 6h30 (selon suissemobile à pied en été) Difficulté : T4, mais c’est une randonnée glaciaire. Il faut être équipé en conséquence. Un piolet, des crampons et porter un baudrier sont le minimum vital. Une corde n’est pas forcément nécessaire, mais très conseillée. Il y a aussi des passages dans les pierriers. Un pied sûr, une bonne lecture du terrain et une expérience alpine sont nécessaires. Ce n’est pas un parcours à prendre à la légère. Le lien vers le parcours : https://map.schweizmobil.ch/?lang=fr&photos=yes&logo=yes&detours=yes&season=summer&bgLayer=pk&resolution=2.17&E=2628643&N=1090243&layers=Wanderland&trackId=1589697158 PS: Oui j’ai toujours retard dans les publications 😉
Boucle Gornergrat – Cabane Monte Rosa par le Gornergletscher needs route
Une course glaciaire spectaculaire traversant le Gornergletscher jusqu'à la cabane Monte Rosa, en forme de cristal, avec vue directe sur le Cervin. Le retour en boucle par le vieux chemin, avec échelles et passage sur le glacier, offre une variété de terrains et de paysages exceptionnelle.