Bishorn par le glacier de Turtmann depuis la cabane de Tracuit needs route

Une course glaciaire d'exception au lever du soleil, avec traversée de crevasses sur le glacier de Turtmann et un sommet offrant une vue impressionnante sur le Weisshorn et la Dent Blanche. La descente retrouve peu à peu la végétation et les mélèzes jusqu'à Zinal.

route 15.6 km 940.0 m D+ 4.67 h 1 days (claimed) Aug

Bishorn · Cabane de Tracuit · Glacier de Turtmann · Tête de Milon · Col de Milon · Roc de la Vache · Zinal · Turtmannhütte

larchespanoramaridgesummit

Sources

Tracuit – 2ème partie

fb · Daniel Borloz · 2024-08-23 · open original

Tracuit – 2ème partie 5h10 : Le réveil sonne. Nous avons une vingtaine de minutes pour nous préparer et aller prendre le petit déjeuner. C’est un peu l’effervescence dans la chambre et dans la cabane de Tracuit qui est presque pleine. La plupart des personnes, nous y compris, ayant le Bishorn en ligne de mire. Je suis content, car je n’ai pas eu de mal de crâne et j’ai quand même réussi à dormir quelques heures. Notre semaine à Zermatt y est sûrement pour quelque chose. Le ciel est immaculé. Le soleil est encore couché. Je me force à avaler quelque chose, bien que le cœur n’y soit pas. Le stress n’y est sûrement pas étranger. La première partie sur le glacier m’inquiète, car je sais qu’il y a des crevasses qu’il faudra traverser. Je sors avec mon appareil photo, quel ciel et quel paysage ! Il y a quelque chose de l’ordre de la magie avec ces premières lueurs de l’aube. 5h50, nous voilà prêt. Nous quittons la cabane. Nous avons laissé tout ce qui est inutile afin d’économiser du poids et de l’énergie. Il est bien sûr hors de question que je ne prenne pas mon appareil avec moi. Nous traversons une bonne zone de caillasse. Je me retourne : La vue sur le Diablon des Dames et les Diablons est absolument merveilleuse. Les nuages sont éclairés d’une magnifique teinte rose-orangé et leur lueur donne une nuance incroyable à la montagne. J’avance et profite de ces derniers moments sans corde. Mes deux autres compagnons sont déjà au bord du glacier, en train de se préparer. Je ne peux m’empêcher de prendre encore une photo de ces nuances de couleurs et du but du jour qu’on peut voir au fond à gauche, au-dessus de nous. C’est à couper le souffle. Je rejoins Blandine et Eric. Je me prépare : crampons aux pieds, corde accrochée au baudrier, réserve de corde. Blandine vérifie mon nœud de huit et m’aide pour la réserve de corde. Eric sera le premier de cordée, Blandine au milieu et je finirai la marche. Nous voilà parti. Un pas après l’autre. Mon anxiété et mon attention sont à leur comble. Je sais que les pièges se cachent dans la première partie, où nous devons traverser une zone crevassée et piégeuse. La neige est dure, ce qui me rassure. La trace est claire et bien faite, ce qui évite de se poser trop de questions. Sur la droite la tête de Milon commence à s’éclairer, c’est simplement magnifique. Nous avançons d’un rythme lent et régulier c’est parfait. La beauté des paysages est simplement extraordinaire. Je me retourne pour regarder les Diablons qui sont cette-fois ci aussi éclairé. C’est tellement beau. Sur cette première partie, le chemin est presque plat, c’est idéal pour se chauffer et prendre confiance en soi. Nous devons quand même passer par une ou deux crevasses, mais ça se passe mieux que je ne l’eusse espéré. Nous voilà au centre du plateau, c’est tellement impressionnant d’être au milieu de cette immensité de glace. En direction de la Tête de Milon, dans un creux, un petit lac glaciaire s’est formé. Je demande de temps en temps une pause pour prendre une photo, fasciné par l’endroit. Nous avançons plutôt bien, mais les choses sérieuses commencent maintenant : Le sol s’incline, nous grimpons. Le souffle se fait plus court, la respiration plus forte. Nous continuons notre traversée du glacier de Turtmann. Arrivé à la hauteur de « Über den Mergasch », nous entamons un virage sur notre droite. Il s’agit maintenant de longer la pente jusqu’au col qui se trouve loin au-dessus de nous. Bien que le pas soit lent, cela n’en est pas moins difficile. Le soleil nous rattrape. Les conditions sont absolument parfaites. Il n’y a pas de vent et la température est agréable. Nous faisons plusieurs courtes pauses pour reprendre notre respiration et profiter de cette immensité glaciaire sous nos pieds. On se sent tellement minuscule lorsque l’on est sur ces géants de pierre et de glace. Ces perspectives me bouleversent toujours. Nous croisons déjà les premières cordées à la descente. Il y a maintenant plusieurs traces. Par endroit la croûte est assez meuble et nous nous enfonçons par endroit dans la neige. Nous essayons de trouver les passages où la croûte est la plus dure pour éviter de perdre trop d’énergie. Nous essayons d’avancer le plus régulièrement possible. Le temps file sans que je m’en rende compte, plongé dans la concentration méditative de l’instant présent. Le soleil est maintenant bien levé. Chaque mètre nous rapproche du sommet et surtout chaque mètre nous ouvre une perspective de plus en plus dingue. La vue porte de plus en plus loin. Il y a de moins en moins de sommet plus haut que nous. Juste avant d’arriver au col, je m’enfonce à chaque pas dans la couche de neige molle, c’est compliqué. C’est un peu la dernière épreuve à surmonter. Un dernier passage un peu vertigineux pour rejoindre le plateau sommital et nous y voilà ! Nous sommes au sommet ! C’est un moment exceptionnel que je vis là-bas en haut. Le plateau est balayé par un vent soutenu, mais quel Bonheur ! Nous avons la chance d’avoir le sommet presque pour nous tout seul pendant un moment. La vue sur le Weisshorn et son arête est tellement impressionnante. Cette montagne m’attire. En serais-je capable un jour ? Et surtout est-ce que je le désire vraiment ? Je ne sais pas, mais je sais qu’elle est incroyablement belle. En face, nous voyons aussi la massive et impressionnante Dent Blanche. Toutes les autres montagnes paraissent tellement minuscules en comparaison. C’est un sentiment et une sensation indescriptible de se retrouver là-haut. S’il n’y avait pas le vent, je pense que j’aurais réussi à garder mes compagnons de cordées encore un moment au sommet, mais le temps passe tellement vite. Il est temps pour nous de redescendre. A mon tour d’être en tête. C’est tellement plus simple. Nous avançons assez rapidement. Je remarque qu’il est presque plus agréable de descendre dans la pente directement, les dévers n’étant pas la chose la plus agréable au monde des crampons aux pieds. Une fois sur le plateau du glacier, la température s’est drôlement réchauffée. Nous faisons une halte pour enlever une couche et même comme ça, nous avons chaud. Nous croisons une dernière cordée qui monte. Ils ont l’air fatigué, normal car ils viennent de la Turtmannhütte, bien en contrebas ! La neige est devenue une vraie neige de printemps, heureusement la trace est bien visible. Mon attention et mon stress sont à nouveau à leur comble. Il faut retraverser la zone crevassée… J’avance un pas après l’autre, j’ai l’impression d’avancer dans un champ de mine, ne sachant jamais si cela va exploser sous mes pieds. Une première crevasse à traverser ça passe plutôt bien…. Nous nous approchons de la zone pierreuse. Je ne lâche rien, il reste des dangers. Une autre crevasse à traverser : J’hésite un moment, je cherche à l’éviter, mais en essayant je vois que c’est pire, c’est ouvert de partout et le trou est immense. Ce qui m’inquiète c’est que la zone de réception est une zone neigeuse. Aucune idée de la solidité réelle. Même si d’autres sont passés avec moi, cela ne me rassure pas, car je suis sais que je suis sûrement la personne la plus lourde de la journée à être passée ici ! Je respire et m’élance…. Il ne se passe rien, ça tient, pfuiii… Je passe rapidement cet endroit. Encore quelques centaines de mètres sur le glacier. La fin se passe bien, c’est incroyable le changement en quelques heures. Cela met encore une fois en valeur l’importance du respect de l’horaire, un gage de sécurité. Nous nous retrouvons au bord du glacier. Je me déséquipe et je respire : Nous l’avons fait ! Nous revenons à la cabane, vidée de la très grande majorité des personnes. Nous reprenons tout le matériel laissé ici à l’aller. J’en profite pour me remettre en chaussure de trail, quel plaisir. Après une courte pause, nous amorçons la descente. Je commence par prendre la corde sur mon sac. Le premier passage de désescalade avec la chaîne se passe bien. Je prends mon temps, ce n’est pas le moment de me blesser. Nous traversons ensuite le pierrier qui heureusement tiens parfaitement bien. Nous perdons assez rapidement de l’altitude. A un endroit, il y avait une belle tâche de neige d’une dizaine de mètre de longueur, il n’en reste rien aujourd’hui ! Je me dis que nous avons profité des dernières conditions parfaites sur le glacier. Le ciel s’est bien chargé de nuages, ce qui n’est pas désagréable, car cela nous évite de cuir. Peu après la bifurcation qui mène vers le col de Milon, mes compagnons s’arrêtent pour changer de chaussures à leur tour. C’est à cet endroit que nous rencontrons une dame avec qui j’échange quelques mots et surtout qui me sert de lièvre. Cela m’évite de trop penser à la corde sur mon dos qui me pèse. Je ne les attends donc pas et commence à avancer le plus rapidement possible. Je sais que la clé, ici est d’aller vite, car dans un moment le poids de la corde me deviendra insupportable. Au fur et à mesure de la descente, je commence à voir d’autres futures cordées monter pour sûrement dormir à Tracuit et réaliser le même rêve que nous. Je continue à avancer, rapidement, mon sac me tirant de plus en plus. C’est décidé je vais m’arrêter vers la bifurcation du Roc de la Vache. Je devance mon lièvre et je fonce… J’essayer de penser à autre chose. Je ne peux m’empêcher de prendre quelques photos tout en réalisant cette énorme transmutation dans l’environnement qui m’entoure : passant de la glace, aux cailloux et finalement au monde végétal. J’y suis, me voici à la bifurcation que je visais. Mes compagnons m’ont rattrapé. Quel plaisir coupable de se débarrasser de la corde et la laisser aux autres. Après une bonne pause, nous repartons. Il reste environ 800 mètres de dénivelé négatif, ça va être long… Je pense que j’ai un peu forcé dans cette première partie, je reste sur l’arrière et profite de prendre quelques photos, tout en avançant tant bien que mal en restant dans ma bulle. Les fleurs et la végétation refont leur apparition. Quel changement, c’est extraordinaire. Nous sommes contents que le ciel soit bien voilé, car au vu des températures annoncées nous aurions bien cuit sinon. Je reprends la tête pour la dernière partie de la descente. J’essayer de rester le plus détendu possible, car tous mes muscles me disent que l’effort commence sérieusement à être pénible. Encore quelques zigs et zags, traverser le torrent qui ressemble plutôt à un petit ruisseau calme en ce moment, repasser par les mélèzes et voilà la dernière ligne droite. Nous arrivons éreintés et heureux à la voiture. Plusieurs promeneurs semblent intrigués par notre accoutrement et notre équipement, mais ça m’est égal. Je suis fier et heureux que nous y soyons tous arrivé ! Oui nous étions au sommet du Bishorn ! Mon esprit ne réalise pas encore tout à fait, contrairement à mes pieds, mes jambes et le reste de mon corps qui protestent avec le peu d’énergie qu’il leur reste. Nous avons eu le droit à une aventure exceptionnelle, remplie de beaux moments de partage et d’entraide, ainsi que d’instants de souffrance où il faut lutter contre son esprit et éduquer son corps. Merci à Eric et à Blandine !!! Oui je sais, encore un long récit, j’espère néanmoins qu’il vous aura plus et surtout que les photos vous plairont ! Je me réjouis de lire vos commentaires. Sinon pour la technique : Distance : env 15.6km Dénivelé : 940m en positif et 2520m en négatif Durée : env 4h40 (selon suissemobile en été pour l’aller) Difficulté : F pour pour Bishorn et T3 pour la descente de Tracuit à Zinal. Le lien vers le parcours : https://map.schweizmobil.ch/?lang=fr&photos=yes&logo=yes&detours=yes&season=summer&bgLayer=pk&resolution=4.48&E=2618142&N=1108126&trackId=694441224&layers=Wanderland

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Good months