Il y a déjà quelques temps en arrière, nous avions une nouvelle idée en tête avec Blandine : Aller passer une nuit dans la plus haute cabane du Club Alpin gardiennée qui culmine à 3506 mètres : La Cabane de la Dent Blanche, au fond du Val d’Hérens. Nous nous sommes parqués au fond du Val d’Hérens, à Ferpècle, en contrebas du barrage, avant le panneau d’interdiction de circuler. Le gardien nous as dit que cela passait en basket, mais nous avons préféré prendre un piolet et nos mini-crampons au « cas-où », car en regardant la carte, le chemin passe sur un glacier sur cinq à six cents mètres. Nous préférons jouer la carte de la prudence et nous voilà parti. Nous remontons la route et passons devant la buvette du Petit Paradis. Nous sommes vraiment surpris des voitures qui ne respectent pas l’interdiction de circuler, tout ça pour gagner quelques mètres, quel dommage ! Nous quittons rapidement la route, j’ai dans l’idée de passer par un ancien sentier afin d’être seul et d’éviter la foule. Nous grimpons sur une centaine de mètres sur un petit sentier magnifique avant de nous arrêter au bord du lit du Torrent du Perroc. Les contreforts du torrent ont été ravagé par les pluies récentes. Il est totalement exclu d’y descendre sans risque : Il y a plusieurs mètres quasi à la verticale. C’est un peu bête, on voit bien le sentier de l’autre côté à moins de dix mètres. Nous décidons de revenir sur nos pas et repartir par le chemin balisé. Il nous reste encore une très longue route à parcourir. Afin d’être positif, on va dire que c’est parfait pour un petit échauffement pour ce qui nous attends plus loin. Je ne vous ai pas parlé de la météo, mais normalement le temps devrait tenir jusqu’à ce soir. Il devrait y avoir des passages nuageux, mais pas de pluie, enfin c’est ce que disent les prévisions. Pour l’instant il y a un soleil légèrement voilé. C’est parfait pour grimper. Après un passage supplémentaire par la route, nous bifurquons rapidement sur le sentier. La cabane Rossier, qui est l’ancien nom de la cabane de la Dent Blanche est déjà indiqué par un vieux panneau. Le chemin est magnifique. Il serpente entre les rhododendrons et les petits arbustes. Nous croisons quelques personnes. Nous prenons doucement de l’altitude. La vue s’ouvre petit à petit sur le Glacier du Mont Miné et les Dents du Veisivi en face de nous. C’est tellement impressionnant. Je pourrais passer des heures à observer le glacier. Il y a de tellement beau contraste entre le vert de la végétation, le gris du rocher et le blanc-bleu des glaciers. Après un court passage à plat, le sentier commence à bien grimper en direction de Bricola. La vue est de plus en plus grandiose. Le Glacier de Ferpècle et le Plateau d’Hérons sont aussi visibles. Ce panorama est vraiment incroyable. Plus haut, nous croisons deux alpinistes qui reviennent de la cabane. Nous leur demandons quelques détails sur l’état du chemin. Ils nous rassurent, c’est parfait. Nous arrivons assez rapidement à la cabane Bricola. Cet endroit me fascine, avec ce bâtiment au bord du gouffre qui offre une vue à couper le souffle. Nous nous arrêtons pour faire une pause et prendre notre pique-nique. Nous n’avons pas encore fait la moitié du dénivelé. Après cet arrêt régénérateur, nous repartons sur le chemin qui est très agréable. Nous nous enfonçons plus loin en direction du Glacier de Ferpècle. La Dent Blanche nous apparaît enfin dans toute sa majesté. Ce sommet est tellement impressionnant avec son espèce de cône très esthétique vu d’ici. Les nuages recouvrent petit à petit le glacier. J’ai regardé à nouveau la météo et cela devrait bien se passer. Nous arrivons au bas de l’ancienne moraine du bas du Glacier des Manzettes qui a bien fondu. Un ancien itinéraire est barré ici. Le chemin contourne la moraine. Ensuite il y a deux possibilités, soit suivre des poteaux rouges délavés qui partent en face et traverse un immense pierrier, soit suivre la moraine par un sentier où subsistent quelques traces de balisages. Nous prenons cette option. Nous remontons le long de la moraine, très lentement, car le souffle devient un peu plus compliqué et surtout le terrain plus accidenté. La sente se perd. En nous fiant à la carte, nous n’en sommes pas très loin. Nous continuons à longer la moraine. Le terrain est compliqué et très accidenté : Beaucoup de pierres bougent, il faut faire attention où l’on pose ses pieds et ses mains, la pente est forte pas endroit. Nous retrouvons par moment des marques, nous savons que nous sommes sur la bonne voie, même si nous avançons à la vitesse d’un escargot. Nous traversons les restes de ce qui était, il y a encore peu, le bas du Glacier des Manzettes. Nous voyons devant nous un peu sur la droite un petit lac à côté duquel le sentier passe. Mais, car oui il y a un mais, il reste une petite rivière à traverser… J’essaye de trouver un passage à sec, mais c’est compliqué, il faudrait faire un long détour et encore c’est sans garantie. Deux personnes sont passés il y a peu et nous font signe. Nous comprenons vite que nous n’avons pas le choix : C’est ici le passage le plus simple, il faut donc se déchausser et faire un petit bain de pied. Nous marchons une petite dizaine de mètres dans la rivière, qui n’est pas profonde, mais où il y a un courant assez fort. Nous utilisons nos bâtons pour ne pas perdre l’équilibre. Même si je pense que nous n’avons pas mis plus de 30 secondes à traverser, l’eau était terriblement froide et nos pieds sont complétement glacés. Une fois l’obstacle traversé, nous nous posons sur une pierre chauffée au soleil pour réchauffer nos pieds et rions de cette petite aventure. Nous avons cependant perdu énormément de temps dans le passage de cette moraine et nous sommes bien fatigué. Je me pose quand même la question si nous ne devrions pas annuler et rebrousser chemin, mais Blandine avec son incroyable force de caractère me convainc de continuer : nous irons jusqu’au bout. Après nous être réchauffé et rechaussé à côté du lac à 2752 mètres, nous retrouvons l’autre chemin qui est balisé par les piquets. Nous ne le saurons qu’en discutant avec le gardien de la cabane : Nous avons emprunté l’ancien chemin (qui est encore indiqué sur les cartes). Le nouveau chemin est bien plus simple et balisé par des piquets rouge délavés. Il n’est pas tracé sur les cartes. La météo change. Les nuages bouchent complétement la vue vers le Plateau d’Hérens. Ils se font de plus en plus menaçant. Nous remontons maintenant sur une roche presque lisse rabotée par le glacier il y a déjà fort longtemps. C’est super agréable de pouvoir enfin progresser à une allure normale et ce alors même que nous sommes bien fatigués. Le chemin est balisé par des cairns et des piquets qu’il faut suivre pour ne pas s’égarer dans cette immensité. Je n’aimerais pas passer par ici avec de la brume ! Mètres après mètres nous avançons et prenons de l’altitude. Nous devons traverser un névé qui est heureusement assez plat, mais il m’inquiète quand même un peu, car il y a un petit trou au milieu avec de l’eau qui coule en dessous. Je n’ai vraiment pas envie de passer au travers. Heureusement tout se passe bien et je retrouve avec plaisir le rocher en face. Nous balançons nos corps d’un roc à un autre. La Dent Blanche est maintenant cachée dans les nuages. Je sens quelques fines gouttes m’éclabousser… J’espère qu’il ne pleuvra pas. Nous ajoutons une couche, car le vent s’est levé. Nous nous retrouvons maintenant proche du bord du plateau rocheux. A côté, bien en dessous, se trouve le Plateau d’Hérens, c’est tellement beau et tellement impressionnant. Nous restons concentrés sur nos pieds. Il faut jouer à l’équilibriste à chaque pas. J’aime bien traverser cet immense pierrier, la roche tiens vraiment très bien, même si la progression est toujours aussi lente. Nous évitons un autre névé, la pente s’incline maintenant très fortement et surtout les fines gouttelettes se transforment en vraie pluie. Nous sommes maintenant dans le passage sous le Roc Noir. Les mains sont indispensables pour s’accrocher au rocher. Elles commencent à avoir froid. Je n’avais pas prévu le mélange pluie et vent à plus de 3000 mètres. J’avoue que je ne suis pas rassuré et un peu inquiet quand même. Heureusement pour nous les conditions n'empirent pas et restent acceptables. Un guide et son client nous dépassent. Nous n’avons plus beaucoup d’énergie, mais nous continuons à avancer. L’avantage d’avoir quelqu’un devant nous, c’est que nous ne nous posons plus la question sur le caillou à prendre pour progresser. Nous arrivons en haut du Roc Noir. La pluie s’arrête comme par miracle. Il nous reste encore 200 mètres de dénivelés. En regardant la carte, nous devrions emprunter un glacier, mais en fait il n’y a plus que de la roche, la glace à bien fondu ! Ce qui est agréable, c’est que la pente est bien moins forte et le terrain plus simple et surtout, nous voyons enfin la cabane se rapprocher. Je sais que nous y arriverons ! Il est possible de contourner le glacier et de ne faire qu’une dizaine de mètres sur la glace, mais honnêtement je préfère très largement grimper droit en haut, c’est bien plus facile. Il est à noter qu’on pourrait qualifier ce passage plutôt comme un gros névé glacé qu’un bout du glacier. Nous voilà juste en-dessous de la cabane. Il reste les derniers mètres de rocher à grimper. Le gardien nous fais signe : l’heure du repas est proche. Nous recevons les encouragements d’un alpiniste au-dessus de nous. Nous voilà arrivé à cet endroit absolument unique, la cabane de la Dent Blanche. Une toute petite cabane pour une bonne trentaines de personnes, gardiennée seulement l’été, avec des ressources très limitées. A peine le temps d’installer nos affaires, que le repas est servi dans la bonne humeur. C’est un tel plaisir de se retrouver à cet endroit, entouré de vrais montagnards racontant des anecdotes. Nous sommes d’ailleurs les seuls « touristes/randonneurs » qui n’irons pas sur la Dent Blanche demain matin. Je trouve ça plutôt rigolo de se retrouver dans le rôle de la personne qui a tout à apprendre. Le gardien nous fait une fleur nous pourrons prendre le petit déjeuner à 5h du matin, juste après les alpinistes qui mangent à 4h30. Une fois repus, je mets ma doudoune et je vais profiter de l’incroyable vue qu’offre la cabane. Nous avons la chance que le ciel se découvre petit à petit pour offrir des vues complétements dingues. Bien que le froid commence à mordre, je ne peux pas m’arracher à la contemplation de cette immensité et des innombrables sommets que l’on voit tout autour de nous. Je vous laisse juger sur les photos, je n’ai pas les mots pour décrire cette ambiance et cette atmosphère exceptionnelles. Il est maintenant presque 21h. Le gardien fait ses recommandations pour demain en rappelant aux alpinistes l’horaire à respecter et le cas échéant opérer un demi-tour ; ensuite hop tout le monde au lit au son de la Berceuse de Brahms qui passe sur la petite enceinte pour faire comprendre qu’il est temps de se reposer ! Nous voilà dans nos couchettes, prêts à dormir et c’est là que va s’arrêter la première partie de mon compte-rendu. Honnêtement, je n’ai pas souvenir d’avoir contemplé un panorama aussi fascinant et sauvage. Cette beauté brute et sauvage est d’une force sans commune. Cependant attention, l’accès compliqué n’est vraiment pas à sous-estimer. Comme à mon habitude, je me réjouis de lire vos ressentis. J’espère que les photos vous plairont, le choix a été très compliqué. Sinon pour la technique : Distance : env. 11km (attention l’aller seulement) Dénivelé : 1850m en montée et 200m en descente Durée : env 6h05 (selon suissemobile en été, comptez plus) Difficulté : T5. Jusqu’à 2600 mètres d’altitude, la difficultée est très limitée. Par contre pour la suite, il est indispensable de savoir s’orienter. Il y a de gros pierriers à traverser. Un pied sûr est indispensable et une absence de vertige également. Il y a quelques pas d’escalade à faire vers le Roc Noir. Il faut vraiment faire attention aux conditions météo. Le lien vers le parcours : https://map.schweizmobil.ch/?lang=fr&photos=yes&logo=yes&detours=yes&season=summer&bgLayer=pk&resolution=1.02&E=2611864&N=1096652&trackId=2068208802&layers=Wanderland
Ferpècle – Cabane de la Dent Blanche (via l'ancien sentier) needs route
Une montée spectaculaire vers la plus haute cabane gardiennée du CAS, avec vues sur la Dent Blanche, le Mont Miné et le Plateau d'Hérens. Le passage par les moraines et les pierriers est sauvage et exigeant, réservé à des personnes à l'aise en terrain alpin.