Il y a maintenant un petit mois en arrière (oui je sais, je n’arrive pas à prendre de l’avance sur mon retard)… Je me suis lancé sur un défi cher à mon cœur : Refaire le tour du Vanil Noir ! C’était le premier sommet très compliqué que j’avais fait dans mes débuts en randonnée il y a environ huit ans. J’ai déjà voulu y retourner à maintes reprises, mais avec mes différents accidents, c’était quelque chose d’irréalisable pour moi pendant plusieurs années. Avec mes dernières expériences et mon entraînement je pense être enfin prêt à y retourner. C’est un objectif personnel que j’ai toujours eu en tête. Bien que plusieurs années se soient écoulée, j’ai l’impression d’avoir toujours parfaitement en mémoire les passages les plus compliqués. Il est temps de confronter ma mémoire avec la réalité. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que je pars du parking des Baudes en fin de matinée. Mon premier objectif : La cabane de Bounavaux, parfait pour se chauffer. La météo est bonne et pour l’instant il y a du soleil, même s’il est légèrement voilé. Je ne sais pas si c’est la quantité d’eau ou le stress, mais j’ai l’impression de ne pas avancer et d’avoir un sac qui pèsent deux tonnes. Je tente d’adopter un certain rythme pour avancer. J’ai l’impression de me traîner, mais en arrivant à la cabane, je vois que finalement j’ai battu mon propre record, comme quoi, il ne faut pas toujours se fier à ses sensations. Je m’arrête le temps de prendre une petite photo de cette vue que j’aime beaucoup et me remet en route. J’avance en direction de la combe. Jusqu’ici tout se passe bien. Je bifurque sur la gauche en direction du col de Bounavaletta. La pente est déjà plus forte, la respiration devient plus haletante et je sens que mon stress, déjà élevé, augmente. Je sais que lors de ma première tentative de grimper au Vanil Noir il y a déjà fort longtemps, je m’étais arrêté peu après le col. La vue s’ouvre petit à petit sur les montagnes environnantes. Le décor devient de plus en plus merveilleux. J’arrive enfin au col. Le moment est parfaitement choisi pour une petite pause et profiter du panorama sur Porcheresses qui est à couper le souffle avec Folliéran qui trône au fond. J’aime cette vallée très sauvage. Après cet arrêt boisson et photos, je commence à grimper dans la caillasse friable qui mène aux Roches Pourries. La grimpette se passe bien. Je me sens parfaitement bien sur mes appuis. Mes pieds se calent fermement et avec assurance sur les pierres. Rien ne bouge. C’est plutôt agréable, même si je reste concentré sur chacun de mes pas. Peu après le passage d’une énième plaque de commémoration d’une personne disparue dans les parages, j’arrive dans ce secteur des Roches Pourries à proprement parler. C’est une roche très friable où il ne fait pas bon de s’aventurer par temps humide ou pire avec de la neige. Une chute pourrait avoir de très graves conséquences. Un pied sûr est indispensable. Par contre le balisage est parfait. Impossible de se tromper. Je continue ma progression avec une concentration sereine et arrive assez rapidement au col près de la Tête de l’Herbette au point 2182. Mes sensations sont pour l’instant assez proche de mes souvenirs, même si sur la première partie, j’ai eu plus d’assurance qu’espéré. On verra pour la suite ! Sinon pour parler de la faune, je suis étonné de ne pas encore avoir vu l’ombre d’un bouquetin, mais je ne désespère pas. Concernant le paysage, je pourrais vous en parler des heures durant : J’ai maintenant dans la continuité de mon regard l’Arête de Galère et Folliéran qui domine par son incroyable esthétisme avec Brenleire qui se cache derrière. Sur ma droite, j’ai une belle vue sur le vallon des Morteys, c’est toujours aussi magnifique ! Je continue sur la sente et là je vois un peu en contrebas un superbe jeune bouquetin qui se prélasse au soleil en me faisant de l’oeil. Je suis tellement content et reconnaissant envers la Nature pour un tel cadeau. Je l’observe un moment avant de me remettre en route, car après tout il me reste encore un long chemin à parcourir. La sente s’arrête près d’un petit couloir qu’il faut remonter. Il y a une chaîne non loin, mais il me semble plus périlleux d’essayer de la rejoindre que de grimper par où je me trouve. C’est à mon sens un des passages qui ne paraît pas compliqué de prime abord, mais qui fait partie des belles difficultés sur le parcours. J’escalade le rocher qui heureusement est très bon. Je retrouve la chaîne en haut de ce petit couloir d’une dizaine de mètres. Il y a maintenant une belle zone de lapiaz à traverser. J’aime ce passage assez ludique, laisser son corps se balancer d’une pierre effilée à une autre. La sente est assez large, mais le vide n’est jamais très loin. Il y a une alternance entre passages à plat et montées. Il faut toujours regarder où l’on met ses pieds. C’est dans ce passage que je croise les deux trailers que j’ai rencontré il y a moins de deux semaines en arrière sous le Vanil de l’Ecri. On en profite pour papoter un peu. C’est quand même rigolo parfois comme le hasard fait bien les choses ! Après ce petit interlude, je repars, content. Je sais que le Pas de la Borière n’est plus très loin. Un dernier passage à plat et me voici arrivé à ce lieu. C’est un endroit parfait pour tester sa confiance en soi. Il s’agit de poser un pied sur un petit affleurement rocheux avec plusieurs centaines de mètres de vide en-dessous. C’est vraiment très impressionnant. Le passage a beau être câblé, cela n’enlève rien à la difficulté d’aller contre son instinct. Je prends une grosse inspiration et je me lance, sans regarder ce qu’il n’y a pas sous mes pieds. Je pense que si mon regard se dirige vers le bas, je risque de flancher. J’avance et pose l’autre pied sur la suite du rocher, bien arrimé au câble. Tout se passe bien. Je franchis maintenant le passage entre les deux vides. Il me semble que cela a bien changé par rapport à mon dernier passage ici. Le câble est bien tendu. Il n’y a que de la roche solide. J’atteins l’autre côté sans problème majeur. C’était bien plus simple que dans mon dernier souvenir où j’étais littéralement mort de trouille dans ce passage. Il ne me reste maintenant qu’à suivre le fil de l’arête pour arriver au sommet. La sente est très étroite et le passage est aérien, mais la difficulté reste raisonnable. Plus que quelques pas et me voilà arrivé au point le plus élevée du canton de Fribourg : le sommet du Vanil Noir à 2389 mètres. Je suis tellement content de pouvoir me tenir à nouveau ici et surtout sans avoir eu la sensation de risquer ma vie à chaque pas (enfin quoique). J’ai la chance de pouvoir profiter seul du sommet. Enfin presque, car je partage l’endroit avec des centaines de mouches. Je me mets un peu en contrebas et me voilà tranquille. Je profite de faire un petit arrêt pour laisser un petit mot et surtout photographier cette vue de dingue qu’il y a depuis cet endroit ! Il est déjà temps pour moi de repartir. Je dois maintenant redescendre et rejoindre Plan des Eaux. Dans mon souvenir c’était une formalité, mais je ne sais pas si c’est à cause du manque de confiance dans mon genou à la descente ou les changements, mais je ne l’ai pas du tout vécu de cette manière. A mon sens cette partie du tracé et relativement piégeuse, la sente est un ensemble de terre et de pierres mélangées. La pente qu’il faut traverser est terriblement inclinée. Je mets bien mes mains à contribution pour la désescalade. Le stress augmente et la peur me gagne. Je reste concentré et contrôle chacun de mes mouvements. Peu après je retrouve le sentiment de sécurité de la chaîne qui m’aide à progresser à un rythme un peu moins lent. Je ne peux m’empêcher de penser à l’un des derniers faits divers qui s’est passé à cet endroit-même où un randonneur à dévissé. Je progresse avec lenteur, mais je progresse. Je prends bien mon temps mais j’avance. J’appréhende un passage où la chaîne est sectionnée, je prends encore plus de précaution, mais de toute manière je n’ai que le choix d’avancer. Je rejoins enfin la partie un peu moins raide. En me retournant, j’ai une magnifique perspective sur le sommet. J’arrive enfin à Plan des Eaux ! J’avoue que ce dernier passage m’a vraiment usé mentalement. Je ne m’y attendais pas, surtout par rapport à mes souvenirs. Je décide de continuer en direction du Vanil de l’Ecri qui n’est vraiment pas loin. Mes batteries sont à plat, cette petite montée est compliquée. Je n’ai pas la tête pour aller plus loin. Je pousse néanmoins jusqu’au sommet : Que j’aime cet endroit. Je pourrais y rester tellement longtemps. Encore une fois j’ai la chance de pouvoir en profiter seul pendant un petit moment, quelle chance ! Le ciel se couvre petit à petit. Selon les prévisions la pluie va arriver d’ici quelques heures. Dans l’idéal j’aurais aimé continuer jusqu’à la Pointe de Paray, mais mon corps ne suit plus et je ne suis pas persuadé que la météo tienne jusqu’à mon retour si je vais plus loin. Je préfère donc amorcer ma descente. Je suis tout à la fois content de ce que j’ai accompli et déçu de ne pas aller plus loin. Juste en-dessous de la croix, j’ai la chance d’apercevoir, au loin, une petite harde de bouquetins avec des jeunes qui s’amusent. C’est tellement fascinant de les observer ! Ce n’est jamais simple de partir de cet endroit où je me sens si bien, mais il est temps de rejoindre la civilisation. J’arrive à prendre un bon rythme pour la première partie de la descente. Je trottine jusqu’à la cabane de Bounavaux en dépassant quelques randonneurs. Une fois à la cabane, j’y rencontre Christophe et son amie. Je m’arrête donc afin de partager un petit verre avec eux. Je trouve ça toujours aussi sympa quand le monde est sympatiquement petit. L’heure tourne. Il est temps pour moi de redescendre au parking. Je donne un dernier effort pour redescendre à moitié en marchant, à moitié en trottant. J’arrive finalement à la voiture. Je suis vraiment heureux de cette belle aventure et fier de moi d’avoir pu refaire un sommet qui me tenais vraiment à cœur. Qu’avez-vous pensé de ce périple ? Je me réjouis déjà de lire vos commentaires, souvenirs et anecdote sur ces endroits merveilleux ! Je prends aussi avec grand plaisir vos avis sur le texte et les images qui l’accompagnent. Sinon pour la technique : Distance : env. 11.2 km Dénivelé : env 1330m Durée : env 6h (selon suissemobile en été, comptez plus) Difficulté : T5. Depuis le col de la Bounavaletta, il y a de très nombreuses difficultés jusqu’au sommet. Tout est bien balisé, mais un pied sûr est indispensable, ainsi qu’une absence de vertige. Entre le Vanil Noir et le Vanil de l’Ecri, une grande majorité du passage est câblé, ce qui facilite la progression. Le Vanil de l’Ecri et la descente peuvent être classé en T3+. Le lien vers le parcours : https://map.schweizmobil.ch/?lang=fr&photos=yes&logo=yes&detours=yes&season=summer&bgLayer=pk&resolution=1&E=2575956&N=1153628&layers=Wanderland&trackId=1354069485
Tour du Vanil Noir depuis les Baudes needs route
Une boucle exigeante et spectaculaire qui mène au point le plus élevé du canton de Fribourg, avec passages câblés, arêtes aériennes et vues sur Folliéran et le vallon des Morteys. Le retour par le Vanil de l'Ecri et la rencontre de bouquetins ajoutent au plaisir de la course.