Il y a de ça quelques temps en arrière, j’avais décidé de prolonger le week-end de la Toussaint avec une belle sortie dans l’après-midi. Vu que je comptais me rendre dans un des jardins de Manu Martinez, je l’ai contacté et finalement nous y avons été ensemble. La destination du jour : La Grande Dent de Morcles en fin de journée ! C’est donc en début d’après-midi que j’arrive sur le parking au-dessus du chalet des Martinaux. J’y suis quasiment seul. Je suis arrivé assez tôt, car je n’ai pas envie de stresser. Manu me rejoindra plus tard. Pendant que je me prépare, je vois une autre voiture arriver : C’est Manu qui s’ennuyait et qui a décidé de venir directement. J’ai tout de suite la pression, car je sais que je suis à des années lumières de son rythme d’athlète. Heureusement il me laisse prendre un peu d’avance et surtout il a déjà fait un lever de soleil le matin même ! C’est donc à une allure de forçat que je me mets en route. Heureusement j’ai plutôt de bonnes sensations aujourd’hui. J’avance donc à un bon rythme. Je me rends d’ailleurs compte que je ne vous ais pas encore parlé des conditions du jour qui sont tout simplement exceptionnelles : Nous sommes quasi en novembre et nous sommes en t-shirt. Le ciel est immaculé et un léger voile de brume flotte dans la plaine sous nos pieds, ce qui apporte une touche mystique supplémentaire à l’ensemble. C’est la journée à ne pas manquer et surtout dans les dernières opportunités pour monter aussi haut ! J’arrive rapidement à la route gravillonnée qui se trouve sous la cabane de la Tourche. Je suis complément envouté par le paysage avec le Massif de Morcles devant moi et ce petit voile qui apporte une nuance de douceur et de contraste avec le reste. C’est fascinant ! C’est à ce moment-là que Manu me rejoint. Nous continuons ensemble en profitant de refaire le monde. Nous arrivons à l’alpage de Rionda où se trouvent les vestiges de plusieurs bâtiments ayant servi comme camp de base pour l’impressionnante ligne de défense créée dans la région durant la Première Guerre Mondiale. Il n’en reste plus que les fondations. Nous quittons le large chemin. Nous passons la bifurcation qui mène à Roc Champion pour grimper à nouveau dans un sentier qui se rapproche du flanc de la montagne. Le monde minéral se fait de plus en plus présent au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude. Heureusement pour moi, Manu s’adapte à mon allure lente et est ultra patient avec mes nombreuses pauses photos ! Nous nous rapprochons de la falaise. Arrivé vers les 2400m, les dernières touffes d’herbes laissent définitivement leur place à de la caillasse. Nous passons sur la Grande Vire qui a été façonnée par l’armée et qui permet d’atteindre différents points d’observations et abris militaires. Je suis à chaque fois ébahi par l’énergie déployée pour créer ces chemins dans la roche, c’est tellement impressionnant. Le Grand Combin trône majestueusement au loin. C’est tellement beau ! Nous arrivons en vue du fameux abri militaire A97 en bois qui a été construit à l’intérieur d’une énorme caverne rocheuse. Il est encore entretenu et il est toujours possible d’y passer la nuit. Cet endroit offre aussi un point de vue unique sur les montagnes en face et la vallée. C’est tout simplement superbe. Le soleil est déjà bas sur l’horizon. La légère brume en plaine créé de superbes traînées esthétiques de lumière. Nous croisons aussi quelques jeunes bouquetins qui paissent tranquillement un peu en contrebas. Nous nous remettons en route et longeons littéralement la falaise. Après environ deux cents mètres, le terrain se complique encore un peu. La vire remonte dans le couloir du Nant Rouge. C’est vraiment très impressionnant, car cela ne descend qu’une fois jusqu’au Rhône qui serpente à nos pieds, 2000 mètres plus bas ! Il s’agit maintenant de bien assurer chacun de nos pas afin de ne pas avoir à subir de fâcheuses conséquences. La montée est bien raide. La vire est bien visible. Il n’est pas vraiment possible de se tromper de chemin, c’est le seul côté positif. Le soleil descend tranquillement sur l’horizon, mais nous savons déjà que nous devrions arriver au sommet à temps ! Un peu plus haut, il est nécessaire d’utiliser les mains. Le sentier se fait plus étroit et est bordé d’un côté par une paroi verticale n’offrant pas vraiment de prise pour les mains. Mon mental est mis à rude épreuve dans ce genre de passages. Même si je suis déjà venu il y a longtemps, je suis content que Manu soit là. C’est génial de le voir évoluer avec aisance. Il me propose aussi son aide dans les passages un peu plus compliqués et me coache. C’est vraiment top ! Je n’ai pas l’habitude. Il semblerait qu’il y a eu pas mal de chutes de pierres, le chemin évolue aussi et semble un peu plus compliqué. Je n’avais pas souvenir de certains passages. Nous arrivons à la bifurcation qui mène au col de Fenestral. Nous continuons ici tout droit. D’une certaine manière, on pourrait dire la dernière ligne droite, ou plutôt la dernière ligne à grimper ! Un peu plus haut, il y a un passage clé au travers d’une cheminée bloquée par une énorme pierre. On peut soit passer par-dessus, soit se faufiler par un trou en-dessous. Soyons très clair, il est illusoire pour moi d’essayer de passer en-dessous, c’est comme de vouloir faire passer un cube trop gros dans un trou rond, ça ne passera jamais. Je prends donc l’option de l’escalade. En fait ça passe plutôt bien, mais encore une fois c’est très impressionnant ! Il ne reste plus que quelques mètres et d’un coup nous arrivons sur le plateau incliné sommital ! C’est un choc après ce couloir et la cheminée d’avoir l’ouverture sur les montagnes environnantes. Manu me montre aussi le point de vue sur cette cheminée incroyable, avec le soleil couchant, c’est tout simplement merveilleux, une porte vers le paradis ou l’enfer c’est selon. Nous parcourons les derniers mètres pour arriver au sommet et nous y voilà : Nous sommes en t-shirt à 2969 mètres, au sommet de la Grande Dent de Morcles. Je n’aurais pas cru ça possible dans cette période de l’année ! Nous remettons toutefois rapidement une couche, car nous pouvons maintenant profiter du coucher de soleil en toute quiétude. C’est tout simplement merveilleux ! Où que l’on porte son regarde, la vue est tout simplement Grandiose. Je suis complétement hypnotisé. C’est aussi tellement fascinant de pouvoir observer les sommets mythiques comme la Dent Blanche, le Cervin, la Dent d’Hérens ou encore le Grand Combin, tout ça d’un seul point de vue. Au très loin, ce qui semble être un gypaète barbu plane le long des crêtes, c’est magnifique ! Le soleil se couche derrière le Plateau de Trient, c’est d’une puissance et d’une beauté indescriptible. Je vous laisserai juger sur les photos, mais c’est presque irréel. Si je regarde derrière moi, la vue sur le massif du Grand Muveran et les Diablerets est absolument folle. Je n’ai pas l’impression d’être en suisse. J’ai l’impression d’être dans l’Ouest américain et c’est encore renforcé par ce rouge du soleil couchant phénoménal. Il n’y a pas de vent, mais à peine le soleil est couché, le froid arrive et engourdi mes mains, je prends un peu d’avance sur Manu qui profite encore de la sérénité de cet endroit un peu plus longtemps. Je vais avoir besoin de prendre mon temps à la descente. Nous redescendons par le même chemin. La désescalade du rocher dans la cheminée est bien plus simple qu’il n’y paraît. Manu prendra par le trou. Il m’avoue qu’il n’est jamais passé par-dessus. Les couleurs du ciel sont merveilleuses, mais j’avoue que mon attention est plus tournée vers mes pas que vers le ciel. Nous nous arrêterons un peu plus bas pour prendre une dernière photo et chausser nos lampes frontales. Manu me seconde et m’aide dans ma progression, j’ai vraiment l’impression d’avoir un guide qui m’aide à chacun de mes pas. Nous n’avançons pas rapidement, mais progressons quand même. J’avoue que je retiens ma respiration jusqu’à ce qu’on arrive à l’abri A97, qui signe pour moi la fin des plus grandes difficultés sur le parcours. Nous avançons un peu plus détendu sur la suite du parcours. La nuit est bien installée. Un peu plus bas, au détour d’un virage, nous nous faisons mutuellement peur avec des bouquetins qui détalent presque sous nos pieds. Nous sommes quittes d’une frayeur. Peu à peu nous retrouvons la prairie. Je suis content quand nous arrivons vers l’Alpage de Rionda, car je sais que nous avons fait le plus gros. Un peu après Manu, nous parlons avec Manu des bouquetins et il me dit qu’une fois il avait rencontré un vieux mal un peu en contrebas dans les parages. Quasi au même moment, nous dirigeons nos frontales dans la pente et observons un vieux mâle se reposer tranquillement dans la pente herbeuse ! C’est ce qu’on appelle la synchronicité ! Nous parcourons les derniers mètres et arrivons à nos voitures sans encombre sous un magnifique ciel étoilé. Je dois dire que je ne m’attendais pas un vivre une expérience aussi forte et puissante durant cette randonnée. Quelle sortie et surtout quel plaisir de l’avoir partagé avec une personne aussi sympa ! J’ai beau y être déjà allé, je ne m’attendais pas à cette beauté émouvante des paysages au coucher du soleil. Je ne peux qu’avoir une gratitude infinie à la Nature pour cet incroyable cadeau ! Le choix des images a été difficile. C’est rare, mais j’avoue qu’il y a plusieurs images dont je suis particulièrement content. Qu’en pensez-vous ? Sinon pour la technique : Distance : env. 12 km Dénivelé : env 1500m Durée : env 7h (selon suissemobile en été) Difficulté : T4+. Un pied sûr et une absence de vertige sont indispensables. Plusieurs endroits demandent l’utilisation des mains. La dernière grosse montée se déroule dans un terrain instable où de nombreuses chutes de pierres peuvent se produire. De plus une descente de nuit demande à bien connaître le parcours et l’avoir déjà fait en journée. Le lien vers le parcours : https://map.schweizmobil.ch/?lang=fr&photos=yes&logo=yes&detours=yes&season=summer&bgLayer=pk&resolution=1&E=2572039&N=1116198&trackId=326365562&layers=Wanderland
La Grande Dent de Morcles par le chalet des Martinaux et la vire du Nant Rouge needs route
Une montée spectaculaire le long de la vire militaire jusqu'au sommet de la Grande Dent de Morcles, avec des vues immenses sur les Alpes valaisannes. Le coucher de soleil depuis le sommet, avec la mer de brume dans la plaine, rend la sortie particulièrement mémorable.