Ma première vraie sortie alpine. Le week-end du 19-20 Juillet, je me suis inscrit pour une course organisée par le CAS Gryuère dont l’intitulé résume bien ce week-end hors norme : « Le Pigne de la Lé autrement ». J’arrive à mon point de rendez-vous avec quinze minutes d’avance : Jérôme, le chef de course est déjà là avec les autres participants qu’il a pris sur la route, tout le monde a pris de l’avance, parfait, nous voilà parti ! Nous voici donc déjà presque au complet : Jérôme, chef de course, conducteur jour et humoriste à ses heures perdues ; Antoine, un bucheron paysagiste très sympa ; Caroline une ergothérapeute et jeune maman qui tiens la super forme et moi-même, qui me rends tout de suite compte que ça va être très sportif pour moi ce week-end. Manque encore les deux derniers compagnons qui nous rejoignent directement sur place : Vincent et Valérie, un gentil couple : L’un est breton, ancien cycliste d’élite et l’autre est une gruérienne reconvertie en valaisanne très communicative. L’ambiance est tout de suite au top. Bref on va bien « s’amuser » ! Alors que l’heure de rendez-vous a été fixée à 11h03 au pied du Lac de Châteaupré, c’est à 10h45 que nous nous élançons, plein d’entrain, par le chemin d’hiver qui mène à la cabane de Moiry. La météo n’est pas au beau fixe, c’est très nuageux, mais « normalement » il ne devrait pas pleuvoir avant 15 heures. Jérôme, en bon chef de course part devant d’un bon rythme. Dès que nous attaquons la montée de la moraine par le chemin d’hiver, je commence à tirer la langue. Tout le monde avance à une sacrée cadence, enfin « presque » tout le monde. Je fais de mon mieux pour suivre le rythme. Heureusement, la bienveillance (et l’humour) est au centre de l’équipe. Au sommet de la moraine, petit arrêt le temps d’ajouter une couche et faire une première analyse maintenant que nous avons une vue complète sur le glacier. Il y a du vent et par moment quelques gouttes. Valérie tente de semer son sac à viande en le laissant rouler par terre. Elle change d’avis et le rattrape in extremis avant qu’il ne dévale la moraine. Il est temps de se poser les premières questions quand nous serons au bord du glacier : Cramponnage ? Encordage ? Les réponses sont bien sûr « oui »et « non », car il n’y a pas de neige et les crevasses sont ouvertes et visible, dès lors l’encordement n’est pas nécessaire. Nous repartons. Prochaine pause sur le glacier pour nous équiper. Une fois sur la glace, équipé de crampons, nous allons rejoindre l’une des immenses marmites glaciaires pour l’observer. Nous devons traverser un petit ruisseau qui va se jeter dans la marmite plus loin. Ce n’est pas compliqué à traverser, mais tout le monde hésite un peu. On fini par passer quelques mètres plus haut. On fait le tour de la marmite : c’est super impressionnant. Même si les deux trous où l’eau s’écoulent sont encore partiellement recouvert de neige. Je n’aurais vraiment pas envie de tomber dedans. Nous faisons un petit arrêt. Jérôme nous propose de faire quelques exercices pour apprendre à utiliser correctement nos crabes dans différentes configurations. On va s’amuser ici un moment. On commence par un mini rappel, puis une remontée avec piolet et crampons. Les yeux de Jérôme s’illuminent : Il est dans son élément. Il va nous créer une magnifique « via gelata », il récolte toutes les vis à glace et nous installe un parcours sécurisé qui longe la dépression et nous offre tous les terrains pour varier les techniques de progressions, c’est tout simplement top ! Il ajoute un peu d’adrénaline en nous faisant passer au-dessus du vide : Il faut faire un très gros pas et planter les crampons dans la paroi verticale en face. Il m’a fallu une grande inspiration au premier passage. On va tous faire deux fois le tour, c’est mieux qu’au manège ! Tout le monde prend de l’assurance au deuxième passage. Quelle chance de pouvoir profiter de ses conseils avisés pour bien planter ses crampons et son piolet ! Durant nos exercices, le soleil, enfin du moins un peu de luminosité, est venu nous éclairer par moment. Il n’est pas loin de 14h lorsque la pluie commence à faire son apparition. Il est temps pour nous de quitter cet endroit et rejoindre l’autre bord du glacier pour monter en direction de la cabane. Une fois sur le rocher, nous enlevons nos crampons. Nous gardons nos baudriers pour économiser quelques minutes sous la pluie. Nous repartons à un très bon rythme. Même si l’ambiance est plutôt joyeuse, tout le monde a hâte de se mettre à l’abri de ces petites gouttes d’eau qui tombent du ciel. J’ai beau dire que ce n’est qu’une vue de l’esprit, j’avoue que j’ai aussi hâte d’arriver. Cependant je vais très vite à nouveau me mettre dans le rouge. Je vais devoir sacrément ralentir le rythme et faire durer le plaisir de la montée. Jérôme dans sa bonté d’âme et sa patience infinie m’attends. Nous finissons par arriver à la cabane. Content et heureux de pouvoir se changer et faire sécher nos habits. Une fois les crocs aux pieds, je vais voir si je trouve nos autres compagnons qui ne semble pas être ici. Ils nous ont vaillamment attendu dehors à l’autre entrée de la cabane ! Après un très long temps d’attente, nous avons nos places pour la nuit ! C’est parfait ! Nous déposons nos affaires et nous nous retrouvons dans la salle pour parler de la préparation d’une course en prenant comme exemple le parcours que nous ferons le lendemain. C’est super vraiment super instructif. La méthode est simple et pragmatique. Et c’est parfait pour accompagner une excellente part de tarte aux abricots ! Une fois la théorie terminée. Il reste un peu de temps avant le repas de soir. La météo est hyper changeante dehors. La cabane est complète, mais heureusement on ne se sent pas oppressé. C’est relativement bien organisé. La cabane est hyper (trop) luxueuse, avec de vraies toilettes, dingue ! On est plus proche d’un hôtel que d’un refuge. Arrive enfin le repas qui commence par une bonne soupe à la carotte avec une tranche de pain, puis une petite salade accompagnée de macaronis du chalet absolument exquis et terriblement nourrissants couvert d’une énorme couche de fromage fondu. Une petite compote de pommes en dessert et nous voilà fin prêt pour aller dormir quelques heures. Après une nuit, pas si mauvaise que ça, le petit déjeuner nous attend à 5h30. Peu après 6h nous voilà parti par le chemin balisé qui mène en direction du col du Pigne. Le rythme d’enfer continue, même si à mon plus grand Bonheur, la cadence est légèrement inférieure ce qui me permet de presque suivre le rythme. Après trente minutes nous voilà arrive au bord du glacier, à notre premier point de contrôle. Nous sommes en avance sur le timing, le Chef est content. Nous analysons l’endroit et les risques objectifs : Les chutes de pierres sous le Pigne, loin devant les séracs et la zone de crevasse. Nous décidons de chausser les crampons et de nous encorder en deux cordées de trois car la neige recouvre une partie des dangers. Valérie va prendre la tête et décider de l’itinéraire avec Jérôme en deuxième position pour l’aider dans ces choix. Je ferme la marche en dernière position de la deuxième cordée. Le regel nocturne n’a pas été bon. On s’enfonce bien dans la couche de neige. La progression est pénible, mais le terrain n’est pas très pentu pour l’instant. Lorsque la pente s’incline, au lieu de monter directement, nous faisons une belle diagonale qui nous rapproche de la zone crevassée. Nous gardons la corde bien tendue. La neige a bouché les crevasses, mais nous devons néanmoins enjamber deux ponts de neige, dont personne n’a envie d’éprouver la solidité. Je suis stressé. Heureusement tout se passe bien. Un peu plus haut nous nous retrouvons sur le petit plateau glaciaire sous le Pigne. Nouveau point de contrôle : Nous décidons de garder les crampons, en revanche nous changeons de configuration pour passer en trois cordées de deux avec une corde courte. C’est parfait et ça sera l’occasion de se familiariser avec les crampons sur la roche. Il ne fait pas froid pour l’instant. La météo est excellente aujourd’hui. Bien qu’il y ait quelques rafales de vent par moment, le soleil est bien présent. Nous grimpons par une pente neigeuse avant de rejoindre l’arête rocheuse, qui tiens presque plus d’un sentier débonnaire. Nous arrivons rapidement au sommet. Je suis tellement surpris, car tout nous a paru extrêmement simple ! Tout en enlevant nos crampons, nous profitons de prendre une petite pause au sommet en admirant cette incroyable vue ! Tant de sommets et de promesses de belles courses, j’adore ! Il est maintenant temps de redescendre d’ici. C’est parti en corde courte. Il n’y a rien de compliqué, le chemin est parfaitement marqué. Nous croisons plusieurs cordées et randonneurs qui sont en train de monter, car oui le sommet pourrait tout à fait se faire en randonnée, il faut l’avouer. Arrivé sur l’arête qui mène au col, Jérôme nous propose une variante en passant sur l’arête avec les gros rochers au lieu de prendre « bêtement » le sentier. Quelle excellente idée ! Nous avons tous adoré ces passages ludiques tout en s’assurant de manière dynamique. Nous arrivons presque trop vite au col. Nouvelle décision à prendre : Descendre ou partir sur la Pointe du Gardien. Nous sommes dans les temps et nous avons tous envie de nous frotter à une « vraie » arête. Pour ma part, c’est un mélange de stress, de plaisir et de curiosité. C’est totalement hors de ma zone de confort et je ne sais pas comment je vais gérer le vide. Je dois dire que l’assurage dynamique d’Antoine est parfait. Nous n’avançons pas très rapidement, mais nous avançons. Les prises sont parfaites. Le vide est présent, mais tout se passe bien. Un peu plus loin, nous nous arrêtons, car Jérôme a remarqué qu’un énorme bloc s’est détaché de la paroi depuis sa dernière visite dans le coin. Nous décidons d’aller voir de plus près pour voir s’il y a une possibilité de passer. C’est plus simple de près que de loin, c’est parfait ! Nous avançons cordée par cordée. Le vide est omniprésent. C’est assez étonnant, mais finalement avec le fait d’être « full focus », la peur ne prends jamais le dessus. Il y a quelques pas, pas forcément compliqué, mais où il faut faire se faire confiance. C’est un excellent exercice. Plus loin, le niveau est encore un peu plus élevé, mais il y a toujours des passages. Je jure un peu, je suis largement en dehors de mes sorties habituelles. J’ai néanmoins suffisamment confiance dans notre cordée pour avancer. C’est ma première expérience du genre. Je n’ai heureusement pas atteint ma limite. La communication est excellente. Nous commençons à trouver un certain rythme de croisière. Plus loin Jérôme ajoute un friends pour une progression en toute sécurité. Étant le dernier, je le récupère. La croix n’est plus très loin, une toute dernière difficulté sur une dalle inclinée avec peu de prise et beaucoup de vide nous amène vers la croix. Là encore des rochers se sont détachés rendant le passage plus difficile. Nous y voilà, la première partie est faite ! C’est juste incroyable. Cependant je ne me sens pas à l’aise ici vers la Croix. Il n’y a pas beaucoup de place et le vide est omniprésent. Le fait de m’arrêter fait redémarrer mon cerveau et mes peurs. Nous ne resterons heureusement pas très longtemps. C’est à ce moment qu’on croise une autre cordée en sens inverse. Quel n’est pas ma surprise de reconnaître une connaissance. C’est ce qu’on appelle les rencontres improbables ! Il est temps de se remettre en route. Après quelques mètres de descente, il est temps de faire un rappel. Je suis plutôt stressé, car ça sera mon troisième rappel et je dirais même mon premier « vrai » rappel sur une « vrai » paroi… C’est bien que personne ne m’a dit qu’il y avait un surplomb avant que je me lance, ça m’a évité de faire une crise cardiaque. J’ai dû un peu crier dans la descente, mais avec les super conseils du chef, je dois dire que je crois avoir compris comme ça se passe et tout s’est bien terminé. Arrivé en bas, petit changement de cordées, car la place à disposition est très limitée. Les deux premiers se mettent en route. Je change donc de partenaire de cordée et me voilà parti avec Vincent. Nous descendons une dalle et hésitons sur la progression. Jérôme et Caroline partent sur l’arête, nous sommes un peu en dessous. Nous décidons de continuer par là pour rejoindre la petite cheminée un peu plus loin. Un pas un peu difficile, mais heureusement tout se passe bien. Nous prenons notre rythme. J’avais pensé être arrivé au bout des difficultés, mais en fait, pas du tout. Il reste encore un bon bout d’arête à parcourir. Une autre cordée nous dépasse, je ne le sais pas encore, mais en fait il s’agit d’un guide dont je ferai la connaissance la semaine suivante dans un autre contexte ! Décidemment : La Pointe du Gardien, c’est « the place to be ». Plus loin, je dois faire quelques pas de désescalades. Il y a un sacré vide de chaque côté c’est très impressionnant, même si ça passe bien. Valérie de la cordée précédente me guide, je fais de même avec Vincent. Il faut maintenant faire un petit pas de grimpe sur une gros rocher juste en face de moi. J’ai l’impression que chaque passage est plus impressionnant que le précédent. Peu après, je vois au loin, un peu en contrejour, Jérôme sur une vire avec un vide absolument infâme dessous. Je me reconcentre immédiatement sur mes pieds et essaye d’oublier cette image et le fait que je vais aussi passer par le même endroit. Le stress augmente à nouveau. La cordée qui me précède nous avertit que Jérôme a posé un friends au bas d’un petit passage de grimpe « un peu aérien ». On se retrouve tous à nouveau après ce passage qui n’était finalement pas si compliqué, juste légèrement impressionnant. Il reste encore quelques passages, mais nous arrivons doucement au bout des difficultés. Nous voilà arrivé au Col du Gardien, nous nous désencordons. Il ne nous reste plus qu’à descendre par le pierrier et les quelques petits névés qui restent, en direction de la cabane. Il faut rester bien concentré, car même si les pierres sont grosses, elles ne sont pas vraiment stabilisées. Après un bon moment, nous arrivons en vue de la cabane. Il ne reste plus que quelques mètres. Nous avons encore le temps. Nous prenons une petite pause bien méritée sur la terrasse, vraiment fier et heureux de cette incroyable course ! C’était une expérience incroyable. Jérôme nous avoue que c’est sûrement l’itinéraire côté PD le plus difficile qu’il ait rencontré à ce jour. Je dois dire que j’ai adoré vivre cette expérience. Je me réjouis déjà des suivantes ! Je suis un randonneur de longue date, mais un alpiniste absolument débutant. Je dois dire que c’est vraiment super intéressant de comparer ces deux mondes qui s’entrechoquent parfois, mais qui sont finalement tellement différents et complémentaire dans leur approche respective. J’ai l’impression qu’un nouveau monde de possibilités s’ouvre à moi. Après cette pause rafraichissante, nous redescendons par le chemin normal d’été, non sans croiser pas mal de monde. Encore merci à toutes et à tous pour la bienveillance, la bonne humeur et le partage de cette expérience incroyable !
Pigne de la Lé par le glacier de Moiry et la Pointe du Gardien needs route
Une course alpine de deux jours avec cramponnage, marmite glaciaire, via ferrata sur glace et arête de la Pointe du Gardien. Le récit montre une première grande sortie alpine, vécue entre peur, plaisir et bienveillance du groupe.